Critique : L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, de Jean-Pierre Jeunet

Ne cherchez pas. Un titre à rallonge. Des personnages décalés. Une image délicieusement surannée. Un univers fourmillant d’inventions. Pas de doute, l’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet est bien un film signé Jean-Pierre Jeunet.

Il suffit de tourner quelques pages du bestseller de Reif Larsen dont le film s’inspire pour comprendre immédiatement ce qui a séduit le réalisateur du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. En plus de l’histoire principale qui suit la folle traversée des Etats-Unis d’un petit garçon surdoué, le livre regorge de croquis, schémas et autres notes explicatives transformant l’expérience de la lecture. Loin d’être un simple roman graphique, T.S. Spivet mélange pêle-mêle le récit initiatique avec le carnet de voyage et le journal intime.

Comment rendre justice sur grand écran à ce foisonnement créatif littéraire ? Tout d’abord, Jeunet pose son décor. Une ferme au fin fond du Montana. Un salon cow-boy pour le père. Une maison grouillante d’insectes pour la mère entomologiste. D’immenses yeux bleus pour la grande soeur qui rêve de célébrité. Le monde de T.S. sera lui présenté en surimpression sur l’écran (3D oblige). Plusieurs des dessins du bouquin prennent ainsi vie sous nos yeux émerveillés. Jeunet a également apporté sa propre touche graphique, en proposant pour chaque partie du film des panneaux façon pop up représentant les éléments importants de l’histoire. Une très bonne idée. On aurait simplement préféré qu’il y en ait plus. Car si toutes ces incursions animées rythment le long métrage, elles ne sont pas assez fréquentes pour donner une vraie âme au long métrage.

Sans compter que pour éviter que son film ne dure trop longtemps, Jeunet a recentré son histoire sur le parcours initiatique. C’est dommage car l’ennui du jeune héros donnait naissance à une des meilleures idées du roman, la lecture d’un carnet écrit par son arrière-grand-mère pionnière scientifique comme lui. Une mise en parallèle judicieuse que nous n’aurons pas la chance de voir à l’écran. Mais surtout Jean-Pierre Jeunet ne semble avoir retenu que les thématiques enfantines du roman. Il lui a ôté ses quelques moments de noirceur et sa vision mythologique du monde scientifique. Jeunet s’est concentré sur le travail de deuil de cette famille originale, en rajoutant des scènes qui n’existent pas dans le roman. A la fin, il frôle même le pamphlet sentimental.

L’une des richesses du roman, c’était justement la vision sincère de ce jeune garçon pour les agissements humains. Du maïs épluché par sa soeur au sourire des adultes, tout est propice à une carte explicative. Jeunet passe un peu à côté, mais grâce à sa malice visuelle, sa description sans faille des personnages et des acteurs qui ne sont jamais dans la caricature (Helena Bonam Carter vue dernièrement dans Lone Ranger et dans les Misérables n’a pas besoin d’être grimée à outrance pour être une bonne actrice), il nous fait passer un moment plein de charme. A la fois contemplatif et inventif. Parfait pour vos marmots.

Marianne

 

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