Critique : L’Inconnu du lac, d’Alain Guiraudie

Pour filmer son thriller érotique, le réalisateur français Alain Guiraudie a choisi un lieu sublime : un lac perdu quelque part dans le sud de la France.

 

Comme tous les endroits magiques, celui-ci possède sa mythologie (un silure long de cinq mètres, qui tel un mini-monstre du Loch Ness hanterait les eaux), ses adorateurs (les homosexuels des alentours viennent y sacrifier aux rites de la nature : bronzer, nager, faire l’amour), son labyrinthe informel fait de bois et de fantasmes qui dissimule son Minotaure assoiffé de meurtres. Le lac semble ressentir toutes les émotions des protagonistes qui hantent ses rivages. Peut-être même les suscite-t-il… Ou, au contraire, tente-t-il de les protéger d’eux-mêmes en leur offrant sa beauté. Les magnifiques images de la nature (reflets des eaux au crépuscule, vent dans les arbres, accumulation de nuages…) qui s’intercalent pour ponctuer les scènes ramènent presque les héros à une forme d’existence archaïque.

Frank (Pierre Deladonchamps, Engrenages) est vite captif des lieux et de certains de ses habitants : Henri (Patrick d’Assumçao, excellent), un homme étrange qui passe ses journées à regarder l’eau, et Michel (Christophe Paou, prochainement dans Gare du Nord de Claire Simon), un sublime nageur à la plastique parfaite. Ce trio, fasciné par la mort, entame une danse érotique de plus en plus intense, marquée du sceau du drame avant même qu’elle ne débute. Insensiblement mais sûrement, ces trois-là vont s’enfoncer dans le labyrinthe préparé pour eux de longue date et ce jusqu’aux sacrifices finaux.

Filmée au rythme des jours qui tissent leur toile et de l’été qui envoûtent, la trame de ce long métrage se révèle cohérente à tous points de vue. Sans jamais être vulgaire, elle ne masque rien des amours homosexuelles dans leur crudité et souvent dans leur tristesse. Un bon polar psychologique qui donne envie de découvrir les précédentes oeuvres d’Alain Guiraudie. A voir si l’on aime les films qui savent prendre leur temps et surtout si l’on ne fait pas partie des ligues de vertu effarouchées.

 Laurence

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