Critique Livre : Le Dernier Loup-Garou, de Glen Duncan

Les vampires sont passés de mode. Ou du moins sont sur le point de l’être. Alors que cela fait dix ans qu’ils règnent sans partage sur le monde fantastique (littérature, séries télé, films…), dans le roman de Glen Duncan, les immortels doivent se contenter de jouer les seconds rôles. L’auteur anglais, à qui l’on doit le très remarqué Moi Lucifer, a préféré faire de l’œil à une créature moins délicate, le Loup-Garou.

Avec plus de deux cents ans au compteur, Jack Marlowe n’est pas un lycanthrope comme les autres. Il est le dernier de son espèce. Parce qu’il est pourchassé par une organisation secrète impitoyable, la prochaine pleine lune pourrait bien être la dernière de sa longue existence. Avec un tel résumé, le lecteur peut penser qu’il va être le témoin d’une course contre la mort effrénée entre une bête livrée à elle-même et des assaillants sanguinaires. Eh bien, il n’en est rien. Glen Duncan prête sa plume malicieuse (le livre prend la forme d’un journal intime) à un loup-garou désabusé, qui a perdu tout intérêt pour la vie. Ne croyez pas pour autant qu’il a développé une empathie pour le suicide. Sans dieu, ni maître, ni amour, il est tout simplement las…

Ecrites avec une emphase et un pragmatisme salvateurs, les aventures de ce loup-garou en pleine introspection se dévorent avec délectation. La même délectation qui semble animer ces créatures quand elles dévorent des proies humaines, sous la lumière complice de la pleine lune. Glen Duncan, comme son personnage, n’a pas peur de ce que la bonne conscience réprouve. Les scènes de sexe sont explicites. Les têtes coupées et les giclées de sang éclaboussent sans complexes au moins la moitié des pages du livre. Une imagerie primaire qui n’empêche pas le romancier de nous livrer à d’autres moments une prose philosophico-existentielle.

Comme au théâtre, la structure narrative évoque un drame en trois actes, avec chacun son propre univers. Le premier ouvertement mélancolique et gothique cède la place à une deuxième partie pleine d’action, voire vidéoludique. Le troisième chapitre joue lui la carte du romantisme contemporain.

Jack Marlowe est un héros charismatique, imprégné autant que nous par la culture contemporaine. L’auteur s’amuse avec ces références incessantes à notre imaginaire collectif défini par les films, pour mieux les déconstruire. Cette mise en abyme permanente nous conduit vers un twist final habile et surtout très cinématographique. Selon la quatrième de couverture, Ridley Scott en personne aurait acquis les droits du bouquin pour en faire un film. La boucle serait bouclée. Pour donner vie à ce lycanthrope aussi rustre que tendre, un seul conseil : prendre un acteur viril. Un subtil mélange entre Hugh Jackman (version Wolverine) et Russel Crowe conviendrait pour moi à merveille. Deux autres tomes sont à paraître.

Marianne

 

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