Critique : Man of Steel, de Zack Snyder

Pas la peine de tergiverser. Le retour tant attendu de l’homme d’acier sur le grand écran déçoit. Pourtant avec Christopher Nolan (The Dark Knight, Interstellar bientôt) à la production, Zack Snyder (300, Sucker Punch ) à l’image et un casting de qualité, il était permis de fonder les plus grands espoirs sur ce reboot. Pire, la bande-annonce mélancolique posait un univers contemporain réaliste, définitivement éloigné du côté kitsch des épisodes de Richard Donner.

Et c’est vrai. Débarrassé de ses oripeaux les plus ringards (le slip est enfin passé sous la combinaison, la cape est aérodynamique et les lunettes ne seront introduites que le temps d’une pirouette finale), ce Superman appartient à son époque. Mais cette image moderne ne suffit pas à masquer le manque de développement psychologique du personnage. Certes, par essence, Superman est un héros profondément bon. Doit-il pour autant être dénué de cynisme (la scène du camion exceptée), sans ambiguïté et avoir si peu d’états d’âme ? Le scénario tente de jouer sur la dualité entre ses origines kryptonniennes et son attachement pour la Terre, mais personne n’est dupe sur le choix final.

Le même sort est réservé à la journaliste intrépide Loïs Lane (Amy Adams, Fighter), réduite dans le film au rôle de « damzelle » en détresse. C’est tout juste si son caractère bien trempé transparaît le temps de quelques répliques savoureuses.  Bien que campé par l’excellent Michael Shannon (The Iceman, Mud), le méchant Général Zod n’aura malheureusement guère plus de nuances à offrir…

Man of Steel souffre également d’une dernière partie trop portée sur la surenchère visuelle. Explosions, immeubles qui s’écroulent, combats aériens… cette  débauche d’effets spéciaux, interminable, est à destination des fans inconditionnels d’action. Malgré sa dimension épique, elle laissera les autres spectateurs sur le bord de la route, assommés. Seule la destruction de Métropolis qui prend des allures de 11 septembre à la puissance 1 000 réussira peut-être à le tenir éveillé.

Rassurez-vous, il reste tout de même quelques raisons de vous déplacer pour voir ce nouveau Superman. La première se nomme Henry Cavill (Les Tudors). Outre sa plastique avantageuse, il possède le charisme et le charme nécessaire pour incarner ce demi-dieu. D’où le regret encore plus immense que le scénario s’attache plus à sa dimension messianique qu’à sa personnalité humaine… Le reste du casting, bien que sous-exploité, est aussi de qualité. Quel dommage que Kevin Costner n’ait pas plus de temps de présence à l’écran !

Ensuite, à l’instar de Star Trek into Darkness, la scène d’ouverture qui retrace la genèse du super-héros est tout simplement grandiose. Spectaculaire et émouvante, elle prend le temps d’exposer la personnalité des Kryptonniens et des parents de Clark (mention spéciale à Russel Crowe dans le rôle de Jor-El !).

Mais la plus grande réussite du film réside dans son esthétique contemporaine, ancrée dans une certaine réalité sans être naturaliste. Zack Snyder a enfin renoncé à son style pompier fait de ralentis à répétition et de lumière surexploitée. La première partie du film profite particulièrement de cette ambiance douce-amère, mêlant les lignes urbaines et futuristes de Métropolis au soleil couchant du Kansas en passant par une vision épurée et cotonneuse de l’Alaska.

Des qualités qui nous font tout de même espérer une suite plus ambitieuse pour les prochaines aventures de Superman. Comme le disait George Lucas, les épisodes d’exposition sont toujours les moins intéressants. Batman Begins nétait lui-même qu’une phase préparatoire un peu pâlotte au regard du reste de la trilogie. Seul l’avenir nous le dira.

Marianne

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *