Critique : Manchester by the Sea, de Kenneth Lonergan

Si le nom de Kenneth Lonergan ne vous dit rien c’est normal. Seuls quelques cinéphiles assidus ont pu découvrir Tu peux compter sur moi et surtout Margaret avec Anna Paquin, disponibles uniquement en VOD. Mais avec son troisième film, il ne devrait plus rester un illustre inconnu. Il suffit de quelques minutes à Manchester by the Sea pour nous happer dans son univers narratif subtil. Il ne faut surtout pas manquer ce drame bouleversant au risque de passer à côté d’un des meilleurs films de 2016.

Drame universel. Le grand cinéma américain possède cette capacité exceptionnelle : rendre universelles des histoires qui pourtant se situent dans un contexte typiquement américain. Dans Manchester by the Sea, Kenneth Lonergan filme l’Amérique des cols bleus, celle des petites gens qui tentent de se maintenir à un certain niveau de vie malgré la crise. Mais le sujet n’est pas là. On suit Lee, obligé de retourner dans sa ville natale quand il apprend le décès de son frère aîné. Ce dernier l’a également désigné comme le tuteur légal de son fils. Mais Lee, rongé par un drame terrible, se sent incapable d’assumer cette responsabilité.

Prouesse narrative. Tout le talent de Kenneth Lonergan réside dans sa manière de raconter cette histoire d’une tristesse infinie avec tact et subtilité. Non seulement, le cinéaste ménage son suspense, presque comme dans un film criminel où on attend de connaître l’identité du meurtrier ou le visage du monstre. Mais en plus, la résolution de l’énigme  » le climax du film  » est réalisée comme un opéra tragique qui mélange présent et passé dans une séquence qui devrait déjà être étudiée dans toutes les écoles de cinéma. Du grand art, car il parvient à éviter toute surenchère lacrymale.

La consécration Casey Affleck. Pour arriver à une telle prouesse, Lonergan peut compter sur un casting royal. Casey Affleck sort enfin de l’ombre de son frère avec cette prestation tout en nuances, un rôle tragiquement humain. Mais le choix des seconds rôles est également crucial. Kyle Chandler, dans le rôle du frère aîné, est particulièrement à l’aise dans cette figure adulte et paternelle qui hante littéralement le long métrage. N’oublions pas non plus Michelle Williams (Suite Française, Le Monde Fantastique d’Oz ) et surtout Lucas Hedge que l’on avait déjà repéré dans Zéro Theorem de Terry Gilliam. Sans eux les émotions de Manchester by the Sea ne seraient pas les mêmes.

Marianne

Le film en bref : Un drame poignant filmé de manière virtuose par Kenneth Lonergan qui réussit à ne jamais être plombant. Le tout est porté par des acteurs formidables. Le dernier choc de 2016.

Photo : © Claire Folger / Amazon Studios

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