Critique : Maryland, de Alice Winocour

Et si le cinéma d’auteur endémique n’était pas une fatalité ? Du haut de ses 29 ans, Alice Winocour vient de prouver que sortir de la Fémis ne vous condamnait pas à réaliser des petits films obscurs. Maryland ou quand le jeune cinéma français prend de l’élan.

Alice Winocour n’en est pas à son coup d’essai. La jeune femme s’est essayée au scénario avant de se lancer avec son premier long métrage en 2013. Augustine avec Vincent Lindon parle de psychanalyse et d’hystérie féminine. Un succès critique. Pour son deuxième long métrage, la cinéaste prend le risque du grand écart. Maryland est un thriller, avec un fond psychologique actuel puisque le héros souffre de stress post-traumatique, mais un thriller quand même. Un huis-clos, puisque l’essentiel de l’action se situe dans une grande maison luxueuse du sud de la France.

Et les références de Winocour ne se situent pas du côté du film d’action français à la Besson, pas plus qu’elle n’a emprunté le style de la nouvelle vague (ouf !) mais plutôt du côté du « bon » film d’horreur américain. Elle utilise la musique comme John Carpenter dans Halloween ou même Spielberg dans Les Dents de la mer. Cette simple présence musicale suffit à vous glacer le sang. Bien sûr, on se doute que c’est une économie de moyens qui a poussé la jeune femme à revenir à cette forme de cinéma viscéral, où la suggestion est plus forte que la démonstration. Mais elle ne fait qu’appliquer l’une des règles fondamentales du 7e art : un budget serré oblige les auteurs à être créatifs.

Même son titre Maryland, pourrait être un clin d’œil au Manderlay de Hitchcock dans Rebecca. Elle maîtrise ses plans de caméra, joue avec la caméra subjective, filme Matthias Schoenaerts (Quand vient la nuit) comme un animal traqué et s’amuse avec le lien ténu qui existe entre la folie et l’instinct de survie. Vincent(Schoenaerts) est d’ailleurs une version 2.0 du Travis Bickle de Taxi Driver. Comme Scorsese, elle ne parle jamais du front, mais elle transforme la maison en champs de bataille. Une belle idée de cinéma.

Enfin, Diane Kruger (Les Garçons et Guillaume, à table !, Les Ames Vagabondes) est également la parfaite femme fatale. Elle n’a pas grand-chose à faire, elle électrise seulement l’écran de sa présence.

La simplicité suffit de temps en temps à produire d’excellents petits films. Merci Alice.

Marianne

Le film en bref : Un huis clos oppressant qui transforme Matthias Schoenaerts en animal blessé. Ce que le cinéma d’auteur français a fait de plus intéressant depuis un bon moment.

Photo : © Mars Distribution

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