Critique : Midnight Special, de Jeff Nichols

Pour qui a déjà vu un film de Jeff Nichols (Take Shelter, Mud), Midnight Special a forcément une aura particulière. En seulement trois films (son premier Shotgun Stories est moins connu), le cinéaste de seulement 37 ans s’est imposé comme un héritier du cinéma de Spielberg. La nostalgie en plus.

Road movie. Midnight Special s’inscrit dans un genre qui a quasiment disparu. C’est un road movie teinté de surnaturel. Le scénario recycle d’ailleurs une des peurs typiques du cinéma des années 80 : la paranoïa gouvernementale. A mi-chemin entre Rencontres du troisième type, E.T. et Starman de Carpenter, le film suit la course effrénée d’un père pour sauver son fils, doté de pouvoirs mystérieux.

Mélancolie. Mais contrairement aux films auxquels il fait référence, Nichols a une vision beaucoup plus mélancolique des événements. Là où le pape du blockbuster voyait de la magie partout, Nichols assume au contraire une certaine fatalité. Une conséquence de l’époque dans laquelle on vit ? Certainement, car le cinéaste fait aussi du fanatisme religieux l’une des menaces qui pèsent sur le petit Alton.

Figures du sud américain. Comme dans Mud et Take Shelter, le réalisateur a situé son histoire dans le sud américain, terrain fertile de la grande littérature du pays. Dans le coin, on a le sens du récit et des personnages. Entre un père sauveur (Michael Shannon, 99 Homes), un flic texan brut de décoffrage (Joel Edgerton, Strictly Criminal)et un g-man intelligent et compréhensif (Adam Driver, Star Wars), toutes les figures masculines résonnent en quelque sorte comme une incarnation de la virilité de cette région. Du côté des femmes, c’est plus léger. Car même si Kristen Dunst (The Two Faces of January) est juste et naturelle, son personnage reste cantonné à celui de femme dépassée par les événements.

Utopie et mystère. Midnight Special repose sur un mystère. Et l’on sait à quel point cette astuce scénaristique peut se révéler dangereuse quand il s’agit de lever le voile. De ce coté-là, Nichols ne réussit les choses qu’à moitié. Il se contente d’apporter une partie de la réponse qui se révèle étrangement assez utopique. Cela donne au long métrage une couleur bien particulière, un peu old school. C’est sûr, les uns seront ravis et les autres déçus. Faites-vous votre propre opinion. Surtout qu’à Lost in Universes on en est sûr, Jeff Nichols sera l’un des grands noms du cinéma de demain.

Marianne

Le film en bref : Un road movie fantastique qui marche sur les pas du jeune Steven Spielberg de Rencontre du troisième type. En plus mélancolique.

Photo :©2016 Warner Bros Entertainment Inc. and Ratpac-Dune Entertainment LLC

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