Critique : Moonlight, de Barry Jenkins

© David Bornfriend / Moonlight

Que vous aimiez ou pas Moonlight de Barry Jenkins, je peux au moins vous assurer d’une chose, le cinéaste ose aborder un sujet quasiment jamais évoqué dans le cinéma noir américain : comment grandir quand on est noir et homosexuel. Il faut dire que dans ces milieux où la virilité est mise en avant comme un étendard, le sujet dérange forcément. Mais ce qui fascine immédiatement avec Moonlight, c’est la subtilité avec laquelle le réalisateur en parle. Il nous propose une plongée intime dans la psyché d’un jeune garçon à trois moments clés de son existence.

Narration en trois actes. Un peu comme dans une pièce de théâtre classique, Moonlight se divise donc en trois parties. Chaque acte est nommé par un nom différent, chacun faisant référence au nom ou au surnom donné au personnage principal à ce moment de sa vie. Du petit garçon qui sent déjà qu’il est différent à l’homme sûr de lui en passant par l’adolescent brutalisé par ses camarades, le film nous fait naviguer de l’un à l’autre en proposant des ellipses assez vertigineuses. Ce jeu narratif, assez rare même dans le cinéma contemporain, est une vraie réussite. Il évite les longues explications et se concentre sur l’essentiel: les étapes de l’évolution du personnage.

Poésie visuelle.  D’un point de vue formel, Jenkins accompagne sa narration d’une mise en scène assez affutée. On rentre dans la vie de Chiron, avec une caméra rapide, trouble même par moment, comme si le cinéaste avait du mal à faire le point sur ce personnage encore en pleine construction. La dernière partie au contraire nous impose un cadre fixe et linéaire, puisque l’essentiel de l’action se passe dans un restaurant. Ce changement de rythme colle parfaitement avec l’évolution du personnage et donne au long métrage une esthétique léchée, mi réaliste, mi élégiaque.

Trio d’acteurs mythiques. Evidemment, Moonlight ne serait rien sans la pertinence de ses comédiens. Les rôles secondaires sont aussi solides que convaincants (mention spéciale à Naomie Harris bien loin de la classe bondienne dont elle nous avait habitué dans Skyfall et Spectre). Mais c’est surtout le choix des trois jeunes comédiens interprétant le même rôle qui était primordial, car le spectateur ne devait en aucun cas perdre l’empathie qu’il portait au jeune héros. Malgré des physiques différents, ces trois là semblent être les trois faces d’une seule et même personne. Car dans leur jeu, on retrouve toujours cette même sensibilité. Du grand cinéma qu’on espère bien voir récompenser aux prochains oscars.

Marianne

Le film en bref : Moonlight ose parler d’homosexualité dans la communauté noire américaine. Mais au-delà de ce sujet tabou, ce qui marque surtout c’est la subtilité avec laquelle Barry Jenkins filme ce personnage fascinant à trois âges différents de sa vie.  Son secret ? Une jolie mise en scène portée par de jeunes comédiens formidables.

Photo : © David Bornfriend

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *