Critique : Mr Turner, de Mike Leigh

Mike Leigh aime les grands sentiments. Mais il aime aussi les détails qui constituent la banalité de l’existence. En retraçant les dernières années de la vie du peintre Joseph Mallord William Turner, le cinéaste a pu travailler sur ces deux aspects, avec plus ou moins de réussite.

Mr Turner est un film pictural. Littéralement. Dès le premier plan qui s’inspire d’un des tableaux du célèbre maître, le spectateur est en quelque sorte transporté de l’autre côté du miroir. Comme si les célèbres toiles prenaient vie. Ou mieux, comme si nous étions transposés à l’intérieur. Le travail sur la lumière, qui est l’élément de base de la peinture de Turner, est tout simplement stupéfiant. Les contrastes, les couleurs, les clairs obscurs… Mike Leigh a dirigé son chef opérateur comme un peintre maîtrisant sa palette.

La bonne nouvelle c’est que cet univers graphique n’est pas qu’un simple effet de style. Il donne de la matière et du relief à cette tranche de vie un peu chaotique. Il l’entoure d’un mystère et d’une ambiance totalement impressionniste. Pourquoi alors ne sommes nous pas plus passionnés par la vie de cet artiste hors du commun ? Peut-être parce que Mike Leigh prend un peu trop de distance avec son personnage principal. Comme s’il tentait d’en percer les mystères de loin comme un visiteur de musée qui s’éloigne pour contempler une oeuvre. Si en matière de peinture la distance est intéressante, au cinéma le manque d’empathie avec le héros nous laisse un petit goût d’inachevé.

Mais contrairement aux biopics de Yves Saint-Laurent, Mike Leigh a au moins le mérite de nous plonger dans les tourments créatifs du peintre. Une passion totale qui a dirigé toute sa vie. Une passion palpable à l’écran. Les séquences les plus intenses du long métrage concernent cette fièvre créatrice.

Enfin, Timothy Spall (Ginger & Rosa, Upside Down) n’a pas volé son prix d’interprétation à Cannes. Il peut être fier de lui, car en termes de grognements personne n’avait fait aussi bien que lui depuis La Guerre du feu.

Marianne


Photo : © Simon Mein/Thin Man Films

One Response to Critique : Mr Turner, de Mike Leigh

  1. antoine missirliu dit :

    Une fois de plus parfaitement raccord avec ta peinture !!!
    Antoine

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