Critique : Mustang, de Deniz Gamze Ergüven

Comparer des jeunes filles à des cheveux sauvages. L’allusion peu paraître facile. Et pourtant, Deniz Gamze Ergüven évacue les clichés en quelques instants. Mustang est un conte moderne. Il était une fois dans un petit village de la Turquie contemporaine 5 jeunes filles belles comme le jour qui vivaient paisiblement. Elles pensaient que toute leur vie serait comme ce jour de fin d’étude, rempli de jeux et de rires. Mais c’était sans compter sur la grande méchante de l’histoire : la bonne vieille morale traditionnelle.

Un jeu innocent avec des garçons transforme nos jeunes héroïnes en prisonnières dans leur propre maison. Le foyer qui les a vues grandir devient soudain un mirador dans lequel elles sont formées a devenir des épouses parfaites. Comprenez des femmes soumises, réduites aux tâches ménagères et au devoir conjugal. Mais la révolte gronde.

Pour son premier long métrage, Deniz Gamze Ergüven réussit un coup de maître car elle s’empare d’un drame social tout en le filmant à hauteur de jeunes filles en fleur. Le lyrisme de la caméra et la fraîcheur de ses jeunes interprètes (cinq révélations qu’on espère revoir) rappellent le magnifique Virgin Suicide de Sofia Coppola.

Sauf que le propos est différent. L’Américaine filmait l’ennui et les premiers émois adolescents avec une mélancolie fataliste. Deniz Gamze Ergüven narre la colère sourde de jeunes femmes qui ne se reconnaissent plus dans la société dans laquelle elles ont grandit. Mustang est ainsi moins une réflexion sur les tourments de l’adolescence qu’un portrait acerbe de la Turquie moderne.

Véritable ode à la femme et à la liberté, Mustang se vit comme une épopée intimiste qui privilégie l’espoir à la résignation. On espère que le message sera entendu au-delà de nos frontières.

Marianne   

Photo : © Ad Vitam

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