Critique : Night Call, de Dan Gilroy

Ah, les médias. Ce monstre informe qu’on aime détester sans jamais vraiment réussir à s’en passer. Avec Night Call (Nightcrawlers en VO), Dan Gilroy (scénariste de  Jason Bourne : l’héritage) se penche sur l’avidité des chaines locales pour les faits divers sanglants et trash (accidents de voiture, fusillades, incendies…). Chaque nuit, des hommes armés de caméras partent à la chasse d’images chocs pour faire la une des journaux télévisés. C’est pas vraiment nouveau vous allez me dire ? Oui mais pour Gilroy, tout ceci n’est qu’un prétexte.

En ancrant son film dans une esthétique très marquée années 80 (il faut voir la choucroute de Rene Russo) alors qu’il se passe de nos jours, le cinéaste réalise en quelque sorte un trompe-l’œil. C’est vrai que Night Call est une satire médiatique assez didactique dans sa démonstration. Le scénario a recours à quelques passages obligés pour arriver à ses fins. Mais cette satire reste bluffante dans sa réalisation. Comme tout bon spectateur de téléréalité, on est scotché à notre écran devant un spectacle qui devrait nous faire détourner le regard. La mise en abyme est parfaitement maîtrisée car Dan Gilroy évite la leçon de morale.

Mais tout ceci est un écran de fumée, car le vrai sujet de Night Call est une version déformée du rêve américain. Celui qui fait dire aux Américains que leur pays est merveilleux car quand on a du courage et de l’ambition tout est possible. Disons que Lou Bloom (Jake Gyllenhaal, Prisoners, Enemy) va pousser ce précepte à son paroxysme. La force de ce long métrage tient d’ailleurs en grande partie sur les épaules de ce personnage obsessionnel, aussi terrifiant que jouissif. Jake Gyllenhaal, méconnaissable et inspiré, fait rentré Lou Bloom dans le panthéon des sociopathes cultes du cinéma aux côté de Travis Bickle (Taxi Driver) ou encore du Colonel Kurtz (Apocalypse Now).

Délicieusement amoral, Night Call se révèle être une petite pépite qui nous rappelle que le cinéma américain est capable de produire autre chose que des films de super-héros.

Marianne
Photo © Concorde Filmverleih GmbH

One Response to Critique : Night Call, de Dan Gilroy

  1. Coucou.

    L’idée est intéressante. C’est exactement ce que je pense. En tout cas, ce film est une perle.

    Voici ce que j’en pense plus en détail : https://cinebotizok.wordpress.com/2015/02/07/botizok-night-call-2014/

    Bye bye. 🙂

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