Critique : Nymphomaniac, Volume 1, de Lars Von Trier

Après la polémique cannoise. Après la beauté plastique de son Melancholia. Lars Von Trier revient. Pas avec un film anodin ou classique. Evidemment. Mais avec un long métrage, en deux parties, qui raconte le parcours érotique d’une nymphomane aguerrie. Cette dernière est interprétée par Charlotte Gainsbourg. Bien sûr.

En prélude, le spectateur est prévenu. Sur l’écran on apprend que la version visible dans les salles de cinéma n’est pas celle originalement prévue par le cinéaste. Les ciseaux de la censure sont passés par là. Ça commence bien ! Ensuite vient un écran noir… qui s’éternise. Pas la peine d’aller voir le projectionniste. Vous regardez un film de Lars Von Trier…

Après une introduction très théâtrale, une femme est étendue par terre dans une ruelle sombre, le récit peut commencer. Un récit fractionné en cinq chapitres. Une structure narrative qui confère au film une aura de conte érotique saphique. Chaque partie nous fait voyager dans le passé sulfureux de Joe, qui a fait du plaisir sexuel un mode de vie. Pourquoi pas ? Entre deux coïts, la narratrice nous abreuve de discours philosophiques, en usant et abusant de métaphores sexuelles plus ou moins capilotractées (la pêche à la ligne, vraiment ?).

Nul ne peut le nier. Le résultat formel est épatant. Il est loin le temps où Von Trier avait fait du dogme un précepte technique sclérosant. Ici le cadre a toujours du sens, les fantasmes sont légions, la musique est anarchique et les transitions non chronologiques. De cette époque dogmatique, il a tout de même conservé un certain goût pour les décors épurés.

Tout cela fait de Nymphomaniac un film plein de malice. Le cinéaste prend un plaisir évident à aller à l’encontre de toutes les valeurs morales imposées par la société. Malheureusement, son propos trop souvent balisé, ne soulève guère la polémique. L’héroïne préfère le sexe à l’amour. C’est mal. Elle se fiche des conséquences de ses actes sur les autres personnes. C’est très mal. Désolée, mais en ce début de XXIe siècle, Lars Von Trier ne trouvera plus grand monde pour s’offusquer de ce genre de chose.

Stacy Martin, qui interprète Joe quand elle est jeune, est jolie. Bien qu’un peu maigre. Voilà un précepte sociétal avec lequel le réalisateur ne semble pas fâché ! Malheureusement, elle est à peu près aussi expressive qu’une huître. Sauf durant les orgasmes. Difficile donc d’y voir un quelconque combat féministe. Ou même de se passionner pour son sort. Le cliffanger final n’y changera rien. Mais au moins dans le deuxième volume, c’est Charlotte Gainsbourg qui reprend les rênes. Espérons que le réalisateur répondra enfin à la seule question qui nous intéresse vraiment : pourquoi son héroïne est-elle nymphomane ?

Marianne

 

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