Critique : Only God Forgives, de Nicolas Winding Refn

Malgré son pitch mystérieux (une histoire de vengeance dans le milieu des combats de boxe en Thaïlande), Only God Forgives était attendu avec fébrilité par la planète cinéma. Il faut dire que Drive, le précèdent film de Nicolas Winding Refn, avait attiré la lumière sur son auteur et imposé Ryan Gosling comme une figure iconique du 7e art. D’ailleurs pour composer ce nouveau voyage onirique, le cinéaste danois a repris plusieurs des ingrédients de son opus à succès : Ryan Gosling en tête d’affiche, une musique électronique envoûtante et des plans d’une beauté plastique à couper le souffle.

Avec Only God Forgives, Winding Refn va encore plus loin dans son exploration visuelle. Comme à son habitude, il filme une histoire contemporaine en reprenant les codes du western. Mais pas seulement. Jeux de regards, travelling lent dans des couloirs, cadre de porte servant de perspective pour plusieurs plans, lumières fluorescentes… le cinéaste crée un univers étrange, à la frontière entre le rêve et la réalité.

Le quasi-mutisme des personnages renforce le sentiment de mysticisme qui se dégage de cet univers filmique. Les quelques dialogues qui subsistent ont presque tous une fonction métaphorique. Les personnages incarnent plus des symboles que de vrais êtres humains. Ryan Gosling (le fils aîné résigné) se fait gentiment voler la vedette par le flic/justicier au sabre, version asiatique calme du fameux driver. Kristin Scott Thomas campe la mère vénéneuse, à l’origine de tous les péchés, avec une élégance rare.

Mais ce que le cinéaste maîtrise le mieux, c’est sans aucun doute les scènes de torture. Pas dans leur exécution sanguinaire (difficile à regarder par moments), mais dans la manière dont les autres personnages (les innocents) y sont exposés.Yeux fermés ou exorbités, elles mettent les spectateurs en phase avec leur propre morale. Sublime.

Le film fascine autant qu’il étonne. Pourtant la narration souffre d’un manque de lisibilité. Pendant les vingt premières minutes, le spectateur est même laissé seul face à lui-même, en roue libre, en se demandant où cette histoire pourra bien le mener. Une fois les enjeux exposés, l’enchaînement des événements devient plus cohérent, mais la force du propos apparaît comme beaucoup moins percutante que dans Drive ou dans Bronson. Si le souvenir de ces images charismatiques hantera longtemps notre imaginaire, les thématiques principales d’Only God Forgives tomberont plus facilement dans l’oubli. Vous voilà prévenu.

Marianne

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