Critique : Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmusch

Il y a plusieurs constantes dans le cinéma de Jim Jarmusch. D’abord, un amour pour les désaxés, les gens hors-normes, bref tous ceux qui ne suivent pas le chemin tout tracé offert par la société. On y trouve aussi, souvent, beaucoup de musique, du rock, de la mélancolie et des cafés. Pas de mystère, Only Lovers Left Alive s’inscrit dans cette même lignée contemplative.

Pour pimenter un peu l’affaire, ces inadaptés de la vie sont cette fois-ci un couple de vampires amoureux depuis plusieurs siècles.Mais honnêtement, ils pourraient tout aussi bien être des vagabonds ou des chanteurs de rock sur la route. A la fois onirique et entêtante, la première partie du long métrage tente de capter le désœuvrement romantique de ses héros. L’errance d’Adam (le magnétique Tom Hiddleston vu dans Thor) et de Eve (le caméléon Tilda Swinton aperçue dans Snowpiercer et The Grand Budapest Hotel) prend une tournure plus narrative dans la deuxième partie quand la petite sœur diabolique (Mia Wasikowska, Stoker) s’en mêle.

Mais ce n’est pas la dimension fantastique qui intéresse le cinéaste. Il s’en sert uniquement pour explorer le tréfonds de l’âme humaine et tirer un constat peu flatteur d’une société en pleine déliquescence. Les humains (ou plutôt les zombies pour reprendre l’expression du film) y sont décrits comme des êtres vains, cruels ou stupides, obsédés par le culte de la célébrité. Pire même le sang, or noir des vampires, a été perverti. Soyons honnêtes, cette critique acerbe ne sonne pas toujours juste. Surtout quand le réalisateur s’en prend au système hollywoodien. « Los Angeles, cité du diable »  : un peu facile, même pour le plus indépendant des réalisateurs américains.

Par contre, pour renforcer ce sentiment de décrépitude, le cinéaste filme Boston et Tanger comme des cités fantômes ravagées par le chômage, la pollution ou la drogue.  Il instaure une ambiance de fin de cycle très réussie. Bizarrement la conclusion, délicieusement ironique, est remplie d’un certain optimisme. Tant qu’il restera un peu d’exaltation dans ce monde, tout n’est peut-être pas perdu !

Marianne

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *