Critique : Passion, de Brian De Palma.

Une blonde. Une brune. Avec Passion, Brian De Palma nous offre un duo mythique de cinéma. Des Diaboliques de Henri-Georges Cluzot à Mulholland Drive de David Lynch, en passant par les films d’Hitchcock (qui reste une référence essentielle pour le cinéaste), ces femmes fatales hantent la pellicule depuis des dizaines d’années. Le remake est un  exercice périlleux auquel Brian De Palm s’est déjà livré avec brio (Scarface). Il n’est d’ailleurs pas difficile d’imaginer ce qui a pu le séduire dans Crime d’Amour du regretté Alain Corneau : la présence de ces thèmes fétiches  (voyeurisme, domination, obsession, meurtre sanglant…) qu’il a pu remettre au goût du jour.

Dans Passion, tout commence par un plan séquence des deux jeunes femmes visiblement complices sur un canapé et qui élaborent une campagne publicitaire. L’arrivée d’un homme va venir rompre cette belle harmonie… Séductrices, manipulatrices, perverses, arrivistes… elles se lancent dans un face-à-face ambigu et venimeux. Tout au long du film tourné presque comme un huis clos, dans les décors ternes d’un bureau ou d’un appartement contemporain, la tension s’insinue peu à peu.

Passion vaut surtout pour son ambiance poisseuse et mystérieuse qu’affectionne le réalisateur. Mâtiné de musique classique, jouant sur le contraste entre rêve et réalité, le film prend son envol dans une séquence mythique au milieu du film. Pour conserver un peu de suspense, je ne peux en dévoiler le contenu mais sachez que le réalisateur prouve une fois de plus qu’il est le maître incontesté du split screen.

Le réalisateur vit aussi avec son temps. L’ère du tout numérique lui donne la possibilité d’explorer pleinement  l’alternance des points de vue.  Caméra de surveillance, smartphone, webcam sont les outils indispensables pour les voyeurs du XXIe siècle.

Si du côté de l’image De Palma impressionne toujours, du côté du scénario c’est l’encéphalogramme (presque) plat. Les amateurs de polars auront vite fait de dénouer les secrets de cette énigme à tiroirs. Mais peu importe, car on retiendra longtemps l’image de Noomie Rapace et Rachel McAdams en poupées froides et charnelles.

Marianne

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