Critique : Philomena, de Stephen Frears

Après un détour par la comédie (Tamara Drewe et Lady Vegas), Stephen Frears revient au drame avec Philomena. Pardon à « l’aventure humaine » pour reprendre les mots de Martin Sixsmith. Ce journaliste, interprété dans le film par Steve Coogan (A Very English Man) est l’auteur du bouquin qui a inspiré le film. Soit l’histoire vraie d’une femme (jouée par la grande Judy Dench) dont on a volé l’enfant et qui décide de rompre le silence au bout de cinquante ans.

Dire que Philomena est un film bouleversant est presque un euphémisme. Difficile de rester insensible devant la quête de cette vielle dame digne à la recherche de son fils pour enfin lui révéler la vérité. Mais Stephen Frears maîtrise son sujet. Il ne s’agit pas, simplement, de faire pleurer dans les chaumières. Au contraire.

Frears construit son histoire comme une intrigue policière avec un journaliste au chômage en guise d’Hercule Poirot du XXIe siècle. Ce dernier « intello » et athée doit collaborer avec une Miss Marple pieuse, toute droit sortie d’une autre époque. Ce duo inattendu et plein de charme nous offre une multitudes de dialogues savoureux, servant de contrepoids à la gravité du sujet. C’est dans leur entente, pas toujours cordiale, que bat le coeur de ce Philomena. Bien plus que dans l’opposition un peu facile entre le cynisme journalistique et le bon sens des « vrais gens »…

Peter Mullan avait déjà fustigé avec talent les méthodes totalitaires de certaines de ces institutions catholiques irlandaises des années 60 dans The Magdalene Sister. Dans les deux films, derrière les larmes, c’est surtout le sentiment d’injustice qui ronge le spectateur. Ces destins fracassés nous rappellent combien il est important de briser la loi du silence, même quand le combat paraît perdu d’avance.

Marianne

Après avoir parié sur un divertissant Lady Vegas passé plutôt inaperçu, Stephan Frears revient aux valeurs sûres : l’injustice qui arrache les larmes. Mais attention, pas n’importe quelles larmes. Avec son formidable talent, Stephen Frears réussit à ce que Philomena soit toujours émouvant, jamais larmoyant. Car le grand journaliste athée n’a pas si grand coeur, la vieille mère catholique n’est pas si niaise… Leur enquête se révèle passionnante et dénonce en un seul mouvement le scandale des adoptions d’enfants arrachés à leurs mères, la condition des filles mères dans les années cinquante en Irlande et celle des homosexuels atteints du sida aux USA au début de l’épidémie. Le tout entremêlé d’une réflexion subtile sur l’idéologie religieuse. Du grand art sans sentimentalisme qui sait vous prendre aux tripes.

Laurence

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