Critique : Phoenix, de Christian Petzold

Après Barbara, Christian Petzold revient avec un autre drame sur les blessures de l’Allemagne du siècle dernier. Toujours porté par son actrice fétiche, Nina Hoss, Phoenix nous plonge directement à la fin de la Seconde Guerre mondiale. On y suit le destin de Nelly, survivante de l’Holocauste, obligée de subir une opération du visage. Une fois remise sur pied, elle n’a qu’une seule idée en tête : retrouver son mari. Sauf que ce dernier est certainement à l’origine de son arrestation…

Pas facile de traiter un tel sujet. Rage, désespoir, expiation… cette période reste encore aujourd’hui entourée de sentiments contradictoires. Christian Petzold joue la carte de l’intime. Sa caméra prend son temps mais sans nous en faire perdre. Bref on est clairement pas dans un remake sérieux de la Vengeance à deux visages (série mythique des années 80 pour les plus jeunes)…

Entre obstination et déni de la réalité, Nina Hoss incarne avec fragilité une femme qui tente de se reconstruire en même temps que son pays. Alors que sa meilleure amie est envahie d’une colère froide et ne rêve que de fuite, Nelly elle tente de comprendre.

Petzold construit une relation pleine de non-dits entre Nelly et un mari qui ne la reconnaît pas. Leur confrontation, reposant sur une mise en abîme silencieuse, est aussi troublante que frustrante. Il faudra attendre la dernière scène, d’une poésie délicate, pour que tous les éléments se mettent en place un par un. L’explication finale n’aura pas lieu, mais ce que nous propose Petzold est bien plus fort. Se libérer de ses chaînes passe parfois par un long chemin, mais c’est le seul qui mène à la rédemption. Nelly est comme son pays, elle renaîtra de ses cendres tel le Phénix du titre.

Marianne


Photo :© Christian Schulz

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