Critique : Prisoners, de Dennis Villeneuve

Quelque part dans le nord des Etats-Unis. Un jour de fête gris et pluvieux. Deux petites filles disparaissent… Prisoners commence comme un fait divers. Un de ceux que l’on entend à la télévision en priant pour que les enfants soient sains et saufs. En espérant que les policiers les retrouvent vite. Car dans ce genre d’affaires, le temps est compté…

Dennis Villeneuve (à qui l’on doit le très remarqué Incendies et bientôt le trouble Enemy) conçoit justement son intrigue en parfait métronome. Avec un sens du rythme et du timing parfait, insufflant petit à petit toujours plus de suspense. Pour élucider ce mystère, deux camps s’affrontent. A ma droite, le flic interprété par un Jake Gyllenhaal tout en force tranquille. Il est intelligent et perspicace, mais il doit subir l’habituelle inertie administrative et légale. A ma gauche, le père d’une des fillettes à qui Hugh Jackman (toujours aussi énervé, même sans les griffes de Wolverine) prête ses traits. Un personnage sanguin qui est prêt tout pour retrouver sa progéniture. Même des choses que la plupart des gens réprouvent.

Au jeu du conflit moral, Villeneuve s’en tire bien. Il n’érige jamais la loi du talion en acte de foi. Il se contente d’en exposer les conséquences. La fin, à notre sens, ne laisse planer aucune ambiguïté sur la vision du cinéaste.

Cette enquête à double face devient vite assez oppressante, d’autant que les rebondissements s’enchaînent sans nous laisser de répit. Sans que le spectateur ne s’en rende compte, le fait divers bascule peu à peu dans le polar sombre, voire glauque par moments. Pour appuyer cette impression, le réalisateur joue avec une image noyée dans des nuances de gris spectrales. Il plane presque une ambiance de fin du monde : un flic solitaire, un immeuble en ruines, un sous-sol qui contient tout ce qu’il faut pour soutenir un siège…

Un univers glaçant, une mécanique de polar efficace, une mise en scène élégante… Prisoners est passé à deux doigts d’être un grand film. Malheureusement le développement psychologique de la plupart des personnages secondaires n’est pas assez étoffé pour qu’il rentre dans cette catégorie. En dehors des deux héros et du suspect numéro 1 (Paul Dano, effrayant), ils se résument à des figures errantes, ne venant jamais vraiment nourrir l’intrigue d’enjeux humains supplémentaires. Une faille qui ne l’empêche pas d’être un bon film.

Marianne

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