Critique : Quelques minutes après minuit, de Juan Antonio Bayona

Comment supporter un deuil quand on est un enfant ? C’est à cette question délicate qu’à voulu répondre Shiobhan Dowd, auteur jeunesse britannique, qui était en train de mourir d’un cancer. Elle a donc eu l’idée de ce jeune garçon qui doit faire face à la maladie de sa mère et qui se réfugie dans un monde imaginaire pour fuir en apparence la réalité. Le résultat est un conte mi tragique mi fantastique dont le scénario à été écrit par Patrick Ness, l’auteur de la trilogie Le Chaos en marche (dont on attend l’adaptation prochainement).

Un univers graphique malin. Juan Antonio Bayona possède déjà une solide expérience en ce qui concerne les enfants et les univers fantastique.  Mais si dans L’Orphelinat le cinéaste jouait à brouiller les pistes entre le monde réel et une ambiance surnaturelle, ici les frontières entre réalité et fiction sont plus tranchées. Et c’est un monstre arbre géant, qui n’est pas sans rappeler Sylverbarbe du Seigneur des Anneaux, qui sert de porte d’entrée au monde imaginaire de Connor. Une jolie idée magnifiquement mis en image par le réalisateur. Car chaque histoire qui est raconté par le monstre est relaté avec une technique d’animation tout en finesse, dont le spectateur ne saisira complètement le sens qu’à la fin du film.

Le pouvoir de l’imaginaire. Quelques minutes après minuit est un hommage au pouvoir de l’imagination. Certains pensent qu’il n’est qu’un simple moyen pour Conor d’échapper à la réalité mais elle va au contraire lui permettre de mieux appréhender le drame auquel il va faire face. Le film prend son temps, se perd dans un peu dans un concept narratif répétitif, mais l’émotion suit patiemment son chemin pour mieux exploser dans une séquence finale déchirante.

Apprivoiser le réel. Et au delà de sa fantaisie graphique qui pourrait le réduire à un film pour les enfants, c’est certainement dans son approche du réel que le film surprend le plus. Il ose parler du rapport à la famille, de harcèlement scolaire, d’un père absent et de la colère des enfants… des sujets réservés d’habitude au drame pour adulte. Tout cela rend la métaphore du monstre arbre encore plus puissante.

Marianne

Le film en bref : Loin d’être simplement un film pour les enfants, Quelques minutes après minuit est un conte autant sur le pouvoir de l’imaginaire, que sur la transmission et le deuil. Une histoire forte, même si elle prend un temps pour se mouvoir complètement, qui bénéficie d’un univers créatif assuré et de séquences animées magiques.

 Photo : ©  A Monster Calls A.I.E /Quim Vives

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