Critique : Rush, de Ron Howard

L’année 1976 a vu s’affronter deux géants de la Formule 1 : le champion du monde en titre, l’Autrichien Niki Lauda pour McLaren, et son brillantissime concurrent, l’Anglais James Hunt pour Ferrari. Même ceux qui ne s’intéressaient aucunement à ce duel ont entendu parlé de courses automobiles cette année-là. Le spectaculaire accident du grand prix de Nürburgring dont Lauda est sorti vivant par miracle et son incroyable come-back ont fait la Une des médias. Ron Howard s’est attaqué avec brio à ce duel de Titans. Et c’est un sacré Rush qui attend le spectateur.

Ron Howard a pensé son film comme un mécanisme de précision, parfaite métaphore d’un moteur de Formule 1. Tout est calculé au dixième de millimètre près pour gagner. Résultat : rien dans le film n’est inutile. Ni les courses qui défilent, ni les scènes intimistes qui dévoilent la vie privée des coureurs. Empreintes d’amours naissantes et de sérieux discret pour Lauda, de séparation et de douleur télévisées pour Hunt, elles permettent de comprendre les décisions prises par chacun des champions lors des compétitions. Elles montrent également à quel point ces deux géants ne pouvaient être plus dissemblables de par leur caractère, leurs objectifs, leurs attitudes face à la prise de risque. Ce sont deux visions de l’existence qui s’affrontent ici.

Le charismatique Chris ‘Thor’ Hemworth (qui a mené un parcours sans faute depuis qu’il a joué le capitaine George Kirk dans les premières minutes de Star Trek) tient son premier grand rôle de composition en incarnant James Hunt. Le champion avait tout pour lui : beau gosse issu de la haute bourgeoisie britannique, cette tête brûlée ne pouvait qu’aller vers la gloire. Cependant, Ron Howard fait subtilement ressortir les failles mélancoliques du dandy par le biais des commentaires en voix off de l’austère Niki Lauda. Déconcerté par la personnalité de son adversaire, l’Autrichien cherche à le comprendre, comme tout bon stratège. Ce n’est pas le moindre intérêt du film que ce soit Lauda qui fasse part de son point de vue. Par ce biais, il devient héros du film à part entière avec le flamboyant Hunt. Daniel Brühl (Inglorious Basterds) s’impose en mettant de côté son charme discret pour l’exploiter au moment opportun, créant ainsi un Lauda imprévu. Car le discipliné coureur semble sans grande personnalité. Il ne fait même pas une forte impression sur sa future femme qui trouve que le champion du monde conduit comme un petit vieux. Jusqu’à ce qu’il estime justifié de lui montrer ce qu’il sait faire avec un volant. Son combat sans effets de manches pour revenir dans le championnat après son accident et sa pugnacité un peu désolée à convaincre Hunt de changer de vie lors de leurs rares face-à-face sont emblématiques. Au finish, il n’y a pas photo. C’est la personnalité de Lauda, ce pragmatique à l’humour brutal et à la lucidité calculée, qui fascine.

Enfin, le film est parfait par son rythme exaltant qui restitue la fièvre de la lutte sans frénésie, par sa manière de traiter les courses qui donne à ressentir le danger encouru et la maîtrise des pilotes, l’attention esthétique portée aux détails mécaniques, la mise en évidence rapide de l’importance vitale du travail d’équipe des écuries. A noter, la vraie bonne idée du lettrage qui permet au spectateur de se repérer instantanément dans le classement du championnat, sans quoi le film aurait perdu en efficacité dramatique.

Un Rush intense, donc, qui offre sa dose d’adrénaline et conduit à se demander comment les coureurs peuvent vivre à vitesse normale une fois sortis des circuits. Déjà la frénésie du vendredi soir sur les grands boulevards parisiens paraît comme étrangement ralentie au sortir de la salle.

Laurence

Accrochez vos ceintures, Rush est un film dopé à l’adrénaline. Comme les voitures de ses héros, James Hunt (Chris Hemworth, tout en maturité) et Niki Lauda (Daniel Brühl, méconnaissable). Ces deux figures mythiques de la Formule 1 se sont engagées dans une lutte acharnée pour remporter le titre de Champion du monde 1976. Avec cette histoire vraie aux rebondissements incroyables, Ron Howard tenait là un sujet éminemment cinématographique.

Sur la piste, ce ne sont pas seulement deux valeureux concurrents qui s’affrontent mais bien deux styles de vie. Niki Lauda était un besogneux perfectionniste quand James Hunt était un chien fou assoiffé de sensations fortes. De leur rapport aux femmes à la conception même de la conduite, rien ne les rapprochait. A part cette même détermination : être le premier à apercevoir le drapeau à damier s’agiter.

Si Ron Howard tient le spectateur en haleine, c’est qu’il sait maintenir le suspense dans cette course à pleine vitesse. Même ceux qui d’habitude ne voient dans la Formule 1 que des carrosseries rutilantes et des fous du volant seront cloués à leur siège. Le montage rapide, sans être frénétique, ménage quelques plages musicales consacrées à la vie privé des coureurs. Et le cinéaste a la bonne idée d’introduire quelques touches d’humour pour relâcher la pression.

Pourquoi alors une fois la lumière rallumée, le spectateur se sent un peu floué ? Tout simplement parce que cette mécanique bien huilée manque de rugosité vis-à-vis de cette discipline mécanique. Pourtant, quand l’argent prime sur la sécurité des pilotes et des spectateurs, il y a de quoi se poser des questions. Enfin, dans ce milieu viril les femmes sont enfermées dans leur statut de faire-valoir. Le talent d’Olivia Wilde (Docteur House, Time Out) et d’Alexandra Maria Lara (Quartier lointain) ne changera rien à cette impression. Le spectacle déménage, on aurait aimé que le propos en fasse autant.

Marianne

 

 

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