Critique : Seul sur Mars, de Ridley Scott

Après les poussifs Exodus et Cartel, Ridley Scott revient à la science-fiction. La vraie. Car cette adaptation du best-seller d’Andy Weir est une anticipation de nos prochaines missions martiennes. Ici nulle trace de vilaines bébêtes baveuses ou d’androïdes avec des questions métaphysiques. Non, Mark Watney (Matt Damon en pleine forme) est tout seul. Et sur la Planète rouge, sa survie n’est pas assurée.

Seul sur Mars n’est pas pour autant un « survival movie » (cf le récent Everest). Du moins, au sens classique du terme. Le vrai sujet tient en deux mots : la science. Plus exactement, le film en mode Et si ? pose une série de questions jamais explorées dans un film auparavant autour des capacités des hommes à repousser sans arrêt les limites de la science. Sur Mars, il faudra répondre constamment à de nouveaux défis et remettre en question ce que nous prenons pour acquis. Bref, le long métrage de Ridley Scott illustre parfaitement l’une de mes citations préférées d’Albert Einstein : « L’imagination est plus importante que le savoir ».

Autre point important, si Mark Watney est livré à lui-même sur Mars, à l’écran il n’est finalement pas si seul. L’expérience ne ressemble pas du tout à celle de Tom Hanks dans Seul au monde (oui, moi aussi j’ai pleuré quand il perd Wilson…), car Ridley Scott pose aussi sa caméra sur les conséquences qu’a cette situation pour les habitants de la terre. Toute la planète a les yeux rivés sur Mars et la communauté scientifique se mobilise pour aider à ramener l’astronaute sur le plancher des vaches. Et pour une fois, les Américains ne sont pas les seuls à s’agiter pour le sauvetage, les Chinois sont de la partie… De là à dire que les films américains ont perdu un peu de leur côté impérialiste…

Mais ce qui différencie le plus Seul sur Mars d’un survival movie reste évidemment son ton. Mark Watney est un personnage drôle qui prend souvent de la distance avec la situation qu’il vit et qu’il raconte dans différentes pastilles vidéo. Certains seront sans doute décontenancés car cette prise de recul qui empêche sans doute de trembler réellement pour lui. D’un autre côté, on peut aussi voir cet humour comme une bouffée d’air frais pour le personnage, le seul moyen qu’il a trouvé pour ne pas devenir fou. Et du coup, on évite aussi les longs plans larmoyants et contemplatifs. Mark Watney n’a pas le temps pour ça. (Et rappelons que ce même humour été utilisé par George Clooney dans Gravity.)

Surtout que Ridley a trouvé quelques bonnes idées visuelles pour faire de cet humour un gimmick intelligent qui sert le film. Remplacer le Danube Bleu de Strauss par du ABBA, par exemple, il fallait oser !

De toute façon, que les amateurs de sensations fortes se rassurent. La dernière demi-heure est un petit condensé bien maîtrisé d’adrénaline et d’émotion pure. Décidément, le space opéra reste un genre inspirant pour le 7e art.

Marianne

Le film en bref :  Moins philosophique qu’Interstellar et moins virtuose que Gravity, Seul sur Mars n’en est pas moins une jolie parabole sur la science traitée avec humour et dextérité par Ridley Scott.


Photos : © 2015 Twentieth Century Fox

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