Critique : Shadow Dancer, de James Marsh

Bienvenue dans l’Irlande du début des années 90. Ciel gris, immeubles tristes et attentats terroristes rythment le quotidien des habitants de Belfast. Alors que le conflit anglo-irlandais est sur le point de trouver son aboutissement, une activiste de l’IRA se voit contrainte d’espionner sa propre famille pour le compte du MI5.

Avec une telle trame, difficile d’imaginer autre chose qu’un savant mélange de faux-semblants et de suspense. Et de ce côté-là, le cocktail est parfaitement réussi.  James Marsh a une technique bien à lui pour faire monter la pression. Ce n’est pas l’action qui l’intéresse, mais au contraire ce qui se passe juste avant ou juste après. La scène d’introduction mutique dans le métro londonien, la mère qui attend devant sa fenêtre, le film plastique que l’on déroule pour accueillir un éventuel cadavre constituent à ce titre de grands moments de cinéma.

L’esthétique clinique est par contre à double tranchant. Si dans la Taupe de Tomas Alfredson, elle attirait notre attention sur des détails précieux, ici elle se révèle uniquement élégiaque.  Les tenues de l’héroïne, tour à tour « bleu passe partout » ou « rouge vif » reflètent sans aucun doute les états d’âme de notre agent double  mais elles donnent surtout à l’image une dimension quasi impressionniste.

Cette précision plastique présente un inconvénient de taille, elle laisse la plupart des personnages sur le carreau. Essentiellement taciturnes et en retrait, ces derniers ne prennent jamais totalement corps.  Des figures fantomatiques qui  laissent la part belle à une Andrea Riseborough en état de grâce. Déjà repérée dans Brighton Rock  et E.W., la jeune actrice illumine de sa présence ce long métrage réussi mais pas tout à fait à la hauteur de ses ambitions.

Marianne

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