Critique : Snowpiercer, le Transperceneige, de Bong Joon-Ho

Qui est Bong Joon-Ho ? Au vu de sa filmographie étonnante, difficile de l’enfermer dans un genre particulier. Et c’est tant mieux. Etre capable de passer de la comédie (Barking Dog) au polar (Memories of Murder) en passant par le drame (Mother) ou encore le film de genre (The Host), tout en conservant le même talent, n’est pas donné à tous les réalisateurs. La formule du succès ? A chaque fois qu’il s’attaque à un univers, le cinéaste s’en approprie les codes en y ajoutant des petites touches personnelles et une sensibilité coréenne.

Inutile de dire que sa vision du Transperceneige, la BD culte des années 80 signée Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, était attendue avec une certaine impatience. Cette oeuvre d’anticipation apocalyptique plonge la Terre dans une nouvelle ère glacière, anéantissant toute forme de vie. Les quelques survivants se sont réfugiés dans un train filant à vive allure sur la terre glacée. A l’intérieur, les pauvres sont entassés à la queue du train, tandis que les riches profitent de tout le confort à l’avant. Un homme, Curtis (Chris Evans, Captain America), va mener la révolte et remonter les wagons un à un afin de se confronter au mystérieux Wilford (Ed Harris, Shérif Jackson).

Avec un pitch pareil, pas de doute, Bong Joon-Ho tient là un brûlot politique et écologique. Ce train futuriste n’est rien d’autre qu’une reproduction à taille réduite de notre monde. D’un côté, les oppresseurs déterminés à faire ce qu’il faut pour préserver leurs privilèges et, de l’autre, les opprimés bien décidés à profiter à leur tour de ce bout de paradis. Un propos dont la véracité résonne peut-être encore plus aujourd’hui que dans les années 80.

Le début du long métrage, sombre et cruel, nous promet une aventure palpitante et cynique où l’humanité n’est pas présentée sous son meilleur jour. Seulement voilà, Bong Joon-Ho ne prend pas tout ça tellement au sérieux. Chaque fois qu’un nouveau wagon s’ouvre, on change complètement d’univers mais aussi de ton. Après un combat à la masse et à la hache digne du Gang of New York de Martin Scorsese, on se retrouve dans une salle de classe aux faux airs de Charlie et la Chocolaterie. Visuellement c’est magique. Cette succession de couleurs franches et d’univers surréalistes, baroques ou cliniques est tout simplement hallucinante. Mais ce grand-huit graphique et émotionnel présente une faille de taille, il finit par diluer la charge politique. Car entre la satire et le pamphlet, le cinéaste ne choisit jamais.

Le peu de développement psychologique des personnages n’arrange rien. Qui sont-ils ? Quelles motivations les animent ? Nous n’en saurons rien. Du coup, difficile de se passionner pour leur sort (même si certains comme Tilda Swinton tirent leur épingle du jeu). Qu’ils meurent ou qu’ils soient fous ne change rien pour le spectateur qui attend la fin un peu perplexe. Les incohérences scénaristiques parachèvent hélas le tableau.

La vrai bonne surprise de ce Snowpiercer ? C’est Chris Evans. En dehors d’être l’un des seuls personnages à posséder un peu d’épaisseur, il prouve qu’il a la carrure pour incarner autre chose que des beaux gosses dans des comédies romantiques ou des super-héros patriotiques. Après The Iceman, il est en train de donner une nouvelle direction à sa carrière.

Marianne 

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