Critique : Spotlight, de Tom McCarthy

Le journalisme d’investigation est-il encore vivant ? A l’heure des réseaux sociaux, des chaînes d’actualité en continu et où tout le monde peut filmer un évènement avec son smartphone, on est en droit de se poser la question. Pourtant Spotlight de Tom McCarthy répond par l’affirmative. Avec un peu de courage, d’obstination, de logique et de temps, c’est possible. Tant mieux.

Thriller. Spotlight suit les rouages d’une enquête journalistique. Les faits rien que les faits. Il y a clairement chez McCarthy une volonté de ne pas faire de glamour ou de spectaculaire. Les héros ne sont que des hommes et des femmes comme les autres. Et le scénario en optant pour des rebondissements réalistes et une sobriété jamais plombante nous entraîne dans des révélations de plus en plus effrayantes. L’Eglise a bien couvert les prêtres pédophiles et l’ampleur du problème est bien plus grave que ce que tout le monde pensait.

Humain. Mais le plus réussi dans cette quête, c’est sans aucun doute l’aspect humain. McCarthy évite de tomber dans des raccourcis un peu faciles dans ce genre de sujets. Les victimes sont montrées de manière objective sans que jamais leur souffrance ne soient instrumentalisées. Les prêtres ne sont pas non plus diabolisés. En fait ils sont eux-mêmes prisonniers de ce système, un système qui crée ses propres monstres. Même le storyteller n’essaie pas de trasformer la réalité pour la rendre cinématographique. Par exemple, le nouveau patron (interprété par l’excellent Liev Schreiber vu dans Ray Donavan) aurait pu facilement être le grand méchant de l’histoire. Il n’en sera rien.

Références. Si Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula semble être une référence évidente pour ce Spotlight, on pense également à des films plus récents comme Révélations de Michael Mann pour sa manière de s’emparer du réel pour en faire un thriller du réél. Car Spotlight a une vraie qualité, il n’essaie jamais de transformer ses enquêteurs en héros. Au contraire, nous dit le film en conclusion, la presse est elle aussi en partie responsable de l’aveuglement collectif sur cette situation. Il faut accepter ses erreurs, car c’est le seul moyen de ne pas les répéter…

Marianne

Le film en bref : Spotlight est un thriller moderne et sobre qui déroule sans mécanique sans effets de manches. Son constat fait froid dans le dos mais ne tombe jamais dans le misérabilisme ni le manichéisme. Et surtout, le scénario a la bonne idée d’interroger chacun d’entre nous sur sa propre responsabilité dans cette histoire.

Photo : ©Open Road Films

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