Critique : Star Trek Into Darkness, de J. J. Abrams

A Lost in Universes, le temps paraissait long jusqu’à la sortie de ce onzième volet de la saga Star Trek. Il faut dire que le reboot qui date déjà de 2009 (une éternité en matière de suite cinématographique !) avait rebâti le mythe sur des bases solides, séduisant néophytes et fans inconditionnels. L’hyperactif J. J. Abrams, devenu le symbole de la culture geek, avait donc la lourde tâche de se réinventer une fois de plus. Soyons francs, la mission ne sera qu’à moitié remplie.

D’un point de vue purement visuel, Into Darkness surpasse son prédécesseur. Dès les premières minutes, la palette chromatique du cinéaste est à son paroxysme. Le spectateur découvre, ébahi, un feu d’artifice coloré composé d’une végétation sanguine, d’indigènes entièrement blanc et jaune et de combinaison bleu azur. Cette introduction haletante, vertigineuse et émouvante, constitue, sans l’ombre d’un doute, la scène culte de ce long métrage. Tout simplement car elle condense en quelques minutes tout ce que l’on demande à une production de cette envergure.

Par la suite, le cinéaste ne perd rien en intensité. D’explosions spectaculaires en bagarres titanesques, de glissades dans l’espace en vaisseaux en perdition, J. J. Abrams éprouve notre sens de l’équilibre et du cadre. Il est aidé dans son entreprise par la 3D qu’il exploite avec sagacité, alors même qu’il ne voulait pas en entendre parler au départ !

Là où d’autres se contentent d’user de cette technique pour ses effets gadgets, dans Star Trek Into Darkness  elle devient un vecteur d’immersion. Si bien que l’on a l’impression de se retrouver dans un simulateur de la Nasa ou, de manière plus prosaïque, dans un manège à sensation. Une technique qui amplifie votre rythme cardiaque et réinvente presque la notion d’expérience cinématographique. Mais elle présente selon moi un inconvénient de taille : elle donne des vertiges et soulève l’estomac.

Le scénario, noyé sous ce torrent d’effets pyrotechniques, a du mal à exister. Si le premier épisode prenait le temps de poser ses personnages et de ficeler une intrigue subtile, ce second volet semble engourdi par une sorte d’adrénaline viscérale. C’est simple : les personnages ne marchent pas, ils passent leur temps à courir, sauter, bondir, voler… Comme si les scénaristes tentaient de redéfinir sans cesse l’idée même du rebondissement.

Impossible de ne pas trouver dans l’exercice une certaine forme de vacuité. Pourtant, en mettant leurs héros dans des situations extrêmes, les auteurs intensifient malgré tout les relations qui existent entre eux. Surtout l’amitié entre Spock et Kirk. Ils s’appuient sur un humour salvateur qui humanisent les personnages. Le casting impeccable se charge de faire naître une complicité palpable au sein de cet équipage. La palme revient, comme souvent, au méchant. Benedict Cumberbatch (Sherlock, Parade’s end) imprime son aura à un ennemi mythique de l‘Enterprise.

Pour le prochain numéro, espérons simplement que cette fougue sera un peu retombée pour qu’on puisse explorer, avec plus de détails, les confins des esprits humain et vulcain !

Marianne

Le très attendu Star Trek Into Darkness, de J. J. Abrams commence plutôt bien, très bien même, par une course poursuite sur une sublime planète alien aux couleurs rouge sang et peuplée d’humanoïdes blanchâtres aux pupilles vides. Après une telle inventivité visuelle, le retour sur terre au propre comme au figuré est d’autant plus rude. L’on se retrouve avec une histoire, somme toute banale, de grand méchant (excellemment interprété par le Britannique Benedict Cumberbatch, Sherlock, le Hobbit) surgi du passé. Même si cette aventure est mâtinée de trahison au sein de Starfleet, elle peine à intéresser alors que dans le premier Star Trek de J. J. Abrams, la folie désespérée de Nero (Eric Bana) était touchante.

Bien sûr, c’est tout de même avec plaisir que l’on retrouve James Tiberius Kirk (Chris Pine, Carriers), qui se transforme au cours du film de tête brûlée inconsciente en capitaine mature assumant pleinement ses responsabilités. Tout l’équipage répond présent, bien que les seconds rôles soient moins aboutis qu’ils ne l’étaient dans le précédent opus. Plus inattendu, Mr Spock (Zachary Quinto, Margin Call, American Horror Story) vole en partie la vedette à Jim Kirk.

Mais l’idée qui n’était pas mauvaise sur le papier ne fonctionne vraiment pas à l’écran. Si bien que Into Darkness s’achève un peu en queue de poisson après un remake futuriste digne du 11 Septembre. Certes l’humour est au rendez-vous, le grand spectacle est assuré, la 3D est épatante, les décors sont indéniablement grandioses, mais le spectateur reste sur sa faim. Car, avant tout l’Enterprise doit explorer l’univers. Or le deuxième film nous laisse tomber exactement là où le premier nous abandonnait déjà, au début du voyage comme si la vraie grande aventure de la dernière frontière était indéfiniment repoussée.

Pour le troisième épisode (si troisième épisode il y a), on a très fort envie de crier à  J. J. Abrams : Next time, punch it for real, man !

Laurence

2 Responses to Critique : Star Trek Into Darkness, de J. J. Abrams

  1. Gilles dit :

    Au lendemain du grand cycle d’Arte sur Star Trek, on s’aperçoit que l’on retrouve dans cet épisode de 2013 quelques éléments clés de la première saga.

    Le reload de 2009 nous maintenait dans un état de doute, d’attente et de peur suscité par le naufrage des derniers épisodes au cinéma, conclu par la joie de retrouver des personnages humains, limite réalistes (même s’il y avait du karma à la Tom Cruise dans les cascades).

    La sequel de 2013 nous voit plutôt décontractés et rassurés par l’assise de l’épisode précédent. Ici point de langage scientifique inbitable qui avait finit par scléroser les long-métrages des années 90, par contre on retrouve quelques gadgets débiles et de l’humour décalé à maintes reprises, ainsi que des créatures trés trans-genres auxquelles le mariage mixte devrait être interdit…

    L’inhumanité de Spoke Jr affichée tout le long du film est d’autant plus frappante que le spectateur s’est lui aussi humanisé en donnant sa confiance au réalisateur. La ressemblance de certains acteurs avec les personnages d’antan suscitent aussi ce surcroît de détente intellectuelle. Les cabotinages de Simon Pegg, même s’ils sont bien excessifs et souvent fort peu appropriés aux situations extrêmes vécues (mais attend-on encore de la demi-mesure de la part de cet acteur ?) contribuent à désamorcer le paroxysme de ces retournements.

    Tout compte fait, même si la trame scénaristique peut aisément tenir sur une seule page (voire deux en détaillant), l’emballage convainc à nouveau pleinement.

    Pour conclure, concernant le confort de mes mirettes et de mes esgourdes, je me dois à nouveau de hurler que la 3D pourrie dessert une technologie pourtant prometteuse et intéressante quand elle n’est pas mise en œuvre dans des desseins purement commerciaux.

    L’inconfort ne provient pas tant des effets spéciaux pleinement maitrisés par les équipes d’ILM avec moults effets jaillissants, que des prises de vue réelles dont la mise en relief a été confiée à un ordinateur manipulé par des sous-traitants asiatiques payés au lance-pierre et peu motivés. Cela se répercute par des plans où les personnages apparaissent tantôt bossus, puis plats, avec des profils variables, des plis de vêtements incohérents, des personnages en arrière-plan qui traversent des routes en traversant aussi les carrosseries de vaisseaux terrestres, j’en passe et des meilleures, ce qui choque régulièrement la rétine et pire, le cerveau.

    Ce n’est pas tant que le surcoût des séances me révolte (je ne suis pas concerné puisque je paye en général une séance classique que je ne vais pas voir pour m’installer dans une salle 3D avec mes lunettes à moi), mais il existe des technologies qui permettent de filmer directement en relief sans bidouilles infectes pour le spectateur. Il y a même à la Fnac des camescopes adaptés si vraiment ils en veulent de la 3D. Je confirme grâce à cette source que Star Trek fait partie des faux films en 3D pourrie : http://realorfake3d.com/

    Et à quand s’arrêtera l’inflation financière au cinéma ? Entre le supplément relief (avec ou sans lunettes fournies), le supplément IMAX ou la 1ère classe à supplément et à réservation comme à la SNCF (voir le Pathé Wepler et sa salle « + « qui permet de dépasser allègrement les 15€ la séance en période d’affluence), on nous prendrait pour des gogos que ça ne m’étonnerait pas. Je serai eux, j’aurais doublé le prix pour la 3D (2 images projetées) et rajouté 1€ par nouvelle enceinte installée dans la salle (50 HPs pour le Dolby Atmos de Wepler + image 4K + 3D = 90 euros la place ?).

    Sinon je retournerai au ciné, c’est bientôt la fête du cinéma, 3€50 la séance hors suppléments…

    • admin dit :

      Merci pour ce long commentaire argumenté et drôle. Moi personnellement la 3D m’a rendu malade mais je la trouvais bien exploitée, justement car très réaliste. La mise en scène toujours en mouvement amplifie ce sentiment. Dommage que ça soit de la fausse mais la dimension IMAX est elle bien réelle.

      Je suis d’accord avec toi avec le lien plus étroit noué entre cet épisode à la saga originelle. J’ai particulièrement aimé la scène de la mort de Kirk réalisé en miroir avec celle de Spock dans l’épisode 2 de la saga. Pour les amateurs, la résonance émotionnelle était encore plus belle. Malgré tout j’aurai préféré que Star Trek into darkness nous offre quelques pauses pour contempler les décors et la psychologie des personnages.

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