Critique : Star Wars VIII, The Last Jedi, de Rian Johnson

Tambours et trompettes…  » Le Star Wars nouveau est arrivé « . Une promesse de joie et de félicité s’empare de la fanbase et des cinéphiles. Mais au même moment dans la twittosphère, la fureur embrase aussi le cœur des rageux. Alors qui faut-il croire se demande perplexe l’apprenti Jedi ?  » Croire votre cœur vous devez  » conseillerait Maître Yoda car Rian Johnson nous fait une vraie démonstration de cinéma. La preuve par trois.

Tuer le père. A Lost in universes, on faisait partie de ceux qui avaient défendu la vision madeleine de Proust de J.J. Abrams tout en reconnaissant ses limites scénaristiques. Nous avions fait le souhait que Rian Johnson (Looper, Brick) ose casser le moule pour le conduire vers d’autres contrées encore inconnues de la galaxie. Et bien la mission est parfaitement remplie par cette épisode VIII. Mieux, le cinéaste ose carrément renoncer à quelques artefacts sacrés comme le casque de Dark Vador et d’autres choses plus spirituelles… Je comprends que ce déchirement se fasse pour certains dans la douleur mais pour moi il était nécessaire d’envoyer la saga vers une autre direction. Rassurez-vous, on y retrouve tout de même quelques passages obligés (appuyer sur un bouton hors d’atteinte, s’échapper de situations impossibles et quelques courses poursuites stellaires).

Interroger le monde. Mais Rian Johnson ne s’intéresse finalement qu’assez peu aux batailles dans l’espace (alors que Rogue One en avait fait son principal argument). Il a à cœur au contraire de replacer son film dans un contexte contemporain en abordant des thématiques nouvelles pour la franchise : les profiteurs de guerre, le capitalisme à outrance, l’antispécisme. Et s’interroger sur le monde qui nous entoure est indispensable selon moi quand on est au commande d’un film aussi universel que Star Wars.

Les nouveaux héros. La transmission reste l’un des moteurs de la saga Star Wars mais Rian Johnson (et Disney) ont dévié son centre de gravité. Ce huitième épisode ouvre de nouvelles portes et en se débarrassant du passé il permet à l’avenir de se préparer. Les personnages sont moins engoncés dans une destinée tragique qui les condamnent à agir. Au contraire, leur passage à l’action est motivé par une seule et belle ambition :  changer le monde. Les nouveaux personnages Finn, Rey et Poe sont des vrais rebelles pas simplement vis-à-vis du premier ordre mais aussi  de leur condition. C’est aussi le cas pour Kylo Renn qui combat l’ordre établi dans son ensemble. Et il faut ajouter une nouvelle venue, Rose, drôle et touchante à la fois, qui synthétise cette nouvelle génération.

Le côté obscur de la force. Je ne prétends pas pour autant que cet épisode VIII est exempt de défauts. On peut se questionner sur la pertinence de son humour (qui semble un peu forcé au début mais qui finit par s’installer assez plaisamment durant le long métrage), sur certains choix de twists scénaristiques ou encore sur le bestiaire animalier qui apparaît être conçu pour vendre des peluches en série (mais moi j’assume mon appétence pour la mignonitude et j’ai déjà commandé un Porg au Père Noël !). C’est vrai mais au diable le cynisme pour une fois. Laissez-vous porter car comme dirait Maître Yoda  » ailleurs l’essentiel est ! « .

Marianne

Le film en bref : Après l’hommage proustien de J.J. Abrams, Rian Johnson casse les codes des sagas intergalactiques pour mieux les réinventer et se tourner vers l’avenir. C’est aussi audacieux que clivant.  Mais Rian Johnson réussit non seulement à poser des problématiques actuelles dans son scénario et aussi à créer de nouveaux archétypes de héros bien décidés à ne pas toujours suivre les règles pour survivre. Bien vu.  Et surtout faites comme moi adoptez un Porg (voire deux) !

 

Photo : © 2017 Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *