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Critique : Steve Jobs, de Danny Boyle

Oubliez tout ce que vous avez vu ou lu sur Steve Jobs. Le long métrage de Danny Boyle n’entend pas être un biopic dans le sens religieux du terme. Et c’est tant mieux. En mettant en image le scénario du génial Aaron Sorkin (qui ne comportait que des dialogues sans aucune indication de mise en scène !), le réalisateur de Trainspotting et de Slumdog Millionnaire réussit enfin à nous faire pénétrer dans la psyché de l’inventeur du Mac. L’exercice est juste brillant.

Pièce en trois actes. Steve Jobs ne joue pas dans la catégorie du biopic exhaustif, du genre sa vie, son œuvre. Le film n’entend pas détailler par le menu les grandes étapes du génie de chez Apple. Et c’est tant mieux. Ici on plonge dans trois moments clefs de la carrière de Steve Jobs, soit une trentaine de minutes avant le lancement d’un de ses produits phares. Le cadre est à chaque fois le même: une grande salle de spectacle vide. Les loges et les couloirs adjacents sont les principaux lieux de l’action. Chaque époque a été filmée avec une caméra différente pour donner un rendu différent de l’image. Dans cet espace théâtral, le rythme des dialogues de Sorkin (déjà à l’œuvre sur The Social Network ou sur la série The Newsroom) fait mouche. La caméra de Danny Boyle suit en étant quasiment en perpétuel mouvement.

Le génie derrière l’homme. Cette modernité de ton n’empêche en rien le spectateur de pénétrer dans la psyché de Jobs. Au contraire, en faisant revenir à chaque fois les mêmes personnages (sa fille, ses associés et son ex), l’évolution des relations entre les personnages prend tout son sens. Mais surtout ces séquences conçues presque comme des partitions, avec Steve Jobs en chef d’orchestre, sont l’occasion d’admirer l’homme au cœur de son travail. Et de comprendre que c’est son opiniâtreté, son cynisme et sa volonté de toujours dépasser les limites qui lui ont permis d’être l’une des plus grandes figures du XXIe siècle. Et croyez-moi, cette notion est bien plus importante que de savoir avec qui l’homme couchait ou de connaître ses relations avec ses parents…

Des acteurs naturels. Danny Boyle n’a pas opté pour une approche « performance » du côté du casting. Pas question de tomber dans la lourdeur des prothèses et autres maquillages pour jouer la carte de la ressemblance à tout prix. Michael Fassbender est pourtant un Steve Jobs parfaitement convaincant, jouant le cynique et l’associal avec un naturel confondant. Face à lui, Kate Winselt (vu dernièrement dans Divergente), Seth Rogen (C’est la fin) et Jeff Daniel lui renvoient la balle avec panache. Ils rendent cette chronique humaine sans jamais perdre en crédibilité. Et ça peu importe l’époque à laquelle ils se trouvent.

Une histoire concrète. Steve Jobs s’inscrit un peu à contre emploi dans la filmographie de Danny Boyle. Bien sûr, on y retrouve cette même énergie, ce même amour pour les personnages complexes et ambigus, ou encore cet emphase pour l’idéalisme. Mais contrairement à Trance qui revenait en quelque sorte à l’essence de son cinéma, le cinéaste semble emprunter des chemins plus intimes, être un peu moins dans le spectacle. Et à ce petit jeu-là, il s’en sort très bien.

Marianne

Le film en bref : Un biopic qui casse les codes du genre pour mieux nous dessiner le portrait d’un visionnaire génial et cynique. Un exercice de style exaltant porté par un Michael Fassbender au sommet de son art.

Photo : © François Duhamel / Universal Pictures

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