Critique : Tale of Tales, de Matteo Garrone

Matteo Garrone semble vouloir s’essayer à tous les genres emblématiques du cinéma transalpin. Après le film de Mafia (Gomorra) et la comédie satyrique (Reality), le cinéaste s’attaque à la tradition du conte. Si l’esprit du Décaméron de Pier Paolo Pasolini et la magie de certains films de Fellini planent inévitablement sur Tale of Tales, Matteo Garrone a opté pour un parti pris plus heroic fantasy. 

Attention, Tale of Tales n’est pas non plus le nouveau Seigneur des Anneaux. Mais en termes d’univers, le cinéaste italien a fait très fort. Entre le château perdu au milieu d’une montagne déserte, le magnifique monstre marin ou encore la version rousse et dénudée du petit chaperon rouge, le long métrage est truffé de plans aussi sublimes que symboliques. Et il ne s’agit pas que d’effets numériques. Non, la direction artistique de Tale of Tales est tout simplement à couper le souffle. On retiendra particulièrement le contraste des couleurs, le labyrinthe et la musique d’Alexandre Desplat.

Comme dans tous les contes, vous y suivrez les mésaventures de têtes couronnées névrosées (en mal d’enfants, omnibulées par le plaisir de la chair ou fascinées par une puce géante), de roturiers tentant de survivre et de princes et princesses affrontant des créatures dangereuses. Tout ce petit monde est fascinant, pathétique et même grostesque par moment. Mais comme n’importe quel héros de conte, ils ne font qu’accomplir leur destinée.

Et le problème vient sans doute de là. A aucun moment, Garrone ne transcende la morale traditionnelle des contes pour en faire une réflexion moderne sur le monde d’aujourd’hui. Il ne fait que brasser la multitude des thèmes chers à ce type de récit : la vie, la mort, la jeunesse, la vieillesse, l’amour, le courage… Bref, ces contes d’une si belle ambition formelle manquent d’envergure émotionnelle. Un comble pour un genre qui manie si bien habituellement l’art de la métaphore.

Marianne

Photo : © Le Pacte

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