Critique : The Bling Ring, de Sofia Coppola

Retranscrire l’évanescence adolescente, c’est un sujet que Sofia Coppola connaît bien puisque son premier long métrage, le sublime Virgin Suicide, lui était entièrement consacré. Avec The Bling Ring, la cinéaste signe, en quelque sorte, un retour aux sources. D’autant plus que cette histoire d’adolescents passés maîtres dans le cambriolage des villas de stars hollywoodiennes contient une autre thématique importante de son cinéma : l’ennui.

Un désœuvrement existentiel, propre à cette période de la vie, qui se traduit pour les ados de The Bling Ring par le besoin de posséder des morceaux de leurs icônes et d’accéder à un mode de vie qui les fait rêver. En répétant jusqu’à l’excès les mêmes scènes, alternant les cambriolages et les soirées arrosées, la cinéaste dresse le portrait d’une génération qui fait froid dans le dos. Obsédés par les apparences et inconscients de leur propre superficialité, ils seront eux-mêmes les instruments de leur propre perte.

Pourquoi alors, cet exercice sonne-t-il creux ? En optant pour un style moins contemplatif qu’à l’ordinaire, la cinéaste complexifie son processus narratif. L’histoire prend plus de place. Mais par la même occasion, elle y perd beaucoup en onirisme. Et le message qu’elle tente de faire passer manque lui de consistance. Si la musique Rap correspond bien à l’univers de cette jeunesse, à l’écran elle se fait moins envoûtante que le rock et la pop qui font habituellement partie de la play list de Sophia Coppola.

Ses personnages beaux, manipulateurs et arrogants, se révèlent peu fascinants. Même Emma Watson (Le Monde de Charlie) qui continue son aventure dans le cinéma adulte ne dépassera pas son statut d’enfant gâtée. Sans doute n’y a-t-il pas grand-chose à raconter sur des êtres aussi inconsistants, mais on aurait aimé avoir un peu plus d’empathie pour eux. Sofia Coppola porte un regard plus indulgent sur le seul garçon de la bande, Marc (Israël Bouchard, Claudia Lewis, véritable révélation du long métrage). Narrateur pertinent des événements, il semble être le seul à avoir tiré une leçon de cette histoire.

Pour donner plus de chair à l’ensemble, la cinéaste aurait pu se focaliser sur la manière dont les médias se sont emparés de cette affaire. Ces derniers sont traités de manière trop anecdotique, alors même qu’ils ont leur part de responsabilité dans ces faits réels. Voilà un sujet qui méritait vraiment qu’on s’arrête dessus. Tant pis pour nous !

Marianne

The Bling Ring raconte les aventures d’une communauté de l’anneau (ring) d’un nouveau type, en rien motivée par la liberté mais au contraire par la possession et l’accumulation. Fascinée par les vedettes de Los Angeles, la petite bande shoppe sans scrupules dans leurs faramineux dressing rooms mieux fournis que nombre de boutiques. Si l’adage : « plus on a, moins on est » est vrai, qu’est-ce qu’il reste des personnages que Sofia Coppola met en scène une fois que ces enfants (presque) tous gâtés se retrouvent dépouillés de leurs atours ? Une inconscience abyssale. Seul le désir de paraître et de s’afficher en boîte, devant les journalistes ou sur Facebook semble les animer, avant comme après avoir être pris la main dans le sac à Rolex. Même l’amitié ne les relie pas : seul Mark (Israël Boussard), le plus désargenté du lot, semble éprouver des sentiments forts et sincères. Et c’est aussi le seul qui paraît se rendre compte que jour après jour, cambriolage après cambriolage, ils sont en train de dérober trois millions de dollars en Louboutin, Chanel et autres Hervé Léger. La communauté n’est qu’apparence, tout en bling bling. Les parents eux-mêmes sont creux et comme absents quand ils encouragent leurs filles dans des plans de carrière vaniteux et sans profondeur.

Le film met en évidence que lorsque l’on a tout, ce n’est pas suffisant, ce n’est jamais suffisant. Ce ne le sera jamais. Leur avidité est insatiable. Pourtant, si la petite bande s’était montrée plus maligne, elle aura pu continuer ses prouesses longtemps, les stars possédant tant de choses qu’elles ne semblaient pas toujours s’apercevoir de la disparition de leurs biens. Que Nikkie (Emma Watson) se retrouve en prison aux côtés de Lindsay Lohan qu’elle a dévalisée et qui est elle-même condamnée pour le vol d’un collier ne manque ni de sel, ni de sens.

A vouloir montrer la vacuité de ces adolescents, de leurs modèles et de leurs parents, tous très peu sympathiques, Sofia Coppola a réalisé un film kitsch qui leur ressemblent. Tout en faux-semblants et en paillettes, sans profondeur, The Bling Ring mime son sujet. Selon l’angle sous lequel on le regarde, on le trouvera absolument réussi ou totalement raté. Quoiqu’il en soit, on est loin, très loin, de la vaine élégance surannée de Somewhere où les palaces servaient d’écrins à la grâce d’Elle Faning (Ginger et Rosa).

Laurence

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *