Critique : The Florida Project, de Sean Baker

Floride, Magic Castle, hôtel de la banlieue de Disney World. C’est là que vit Moonee, petite fille de 6 ans au caractère bien trempé, avec sa jeune mère Haillee. Cette dernière est plus occupée à trouver différents moyens légaux de subsister qu’à surveiller de près sa progéniture. Moonee en profite pour faire les 400 coups avec ses compagnons d’infortune dans cette mini-citée colorée écrasée par le soleil.

Moooneeeeeeeee ! Il y a deux stars dans The Florida Project. La première s’appelle Moonee (magique Brooklynn Prince). Cette petite fille aussi espiègle qu’effrontée est le cœur et l’âme du long métrage de Sean Baker. D’ailleurs, une grande partie de l’histoire est racontée à travers ses yeux pleins de malice. Moonee est une sorte de Sophie de Réan du XXIe siècle qui aurait troqué les pâtes de fruit pour des pancakes au sirop d’érable. Avec son enthousiasme et son énergie, elle emporte tout sur son passage même la colère des adultes a qui elle joue des coups pendables.

Un univers décalé. La seconde star du film de Sean Baker est son décor. L’action de The Florida Project est située dans la banlieue de Disney World là où on trouve les hôtels low cost pour les touristes. Tout l’univers du film est baigné de couleurs pastels, d’enseignes gigantesques chatoyantes et noms de rue féériques. Ce décor de contes de fées est utilisé à contre-emploi par le cinéaste puisqu’il n’est pas du tout en adéquation avec la réalité sociale des personnages. Le rêve de la maman de Moonee n’est pas de trouver un prince charmant mais plutôt de dégoter quelques dollars pour subsister. A l’écran ce mélange des genres est d’abord effarant, il brille comme le constat d’échec du rêve américain. Puis il devient comme Moonee, un personnage à part entière de cette histoire. Observez-bien la manière dont Sean Baker le filme et vous comprendrez toute la force de sa mise en scène.

Des enjeux qui manquent de clarté. Narrativement parlant, The Florida Project est malheureusement moins intéressant. Car même si les aventures de Moonee et ses copains sont drôlatiques et épiques, le scénario a trop vouloir s’étirer sur des détails finit par noyer ses enjeux. Le milieu du long métrage est un long ventre mou dont on du mal à saisir le propos général. Une fois passé le constat social, on se perd dans une réflexion socio-réaliste pas toujours originale. Quand on comprend que le danger rôde, l’intérêt du spectateur est alors ravivé. Et le cinéaste en profite pour  nous offrir une conclusion dantesque qui restera certainement dans les meilleures séquences de l’année. Pas de doute Sean Baker est un cinéaste à surveiller de près.

Marianne

Le film en bref : Avec The Florida Project, Sean Baker vous invite à suivre les folles aventures de l’incroyable Moonee dans son royaume enchanté. Mais méfiez-vous du décor acidulé et des rires des enfants, car le monstre que devront affronter la petite fille et sa mère est bien plus terrifiant que n’importe quel dragon : il répond au nom de réalité sociale. Sean Baker pèche un peu dans ses ambitions narratives mais The Florida Project reste un vrai moment de cinéma.

Photo : © 2017 PROKINO Filmverleih

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