Critique : The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson

Dans le monde merveilleux de Wes Anderson, les rêveurs ont tous les droits. Enfant solitaire, renard rusé, amoureux de la mer… ils entendent mener leur quête jusqu’au bout, peu importe les difficultés qu’ils rencontrent. Ce monde n’existe pas vraiment bien sûr, mais il est tellement exotique que tout le monde veut y habiter. Avec The Grand Budapest Hotel, le cinéaste franchit une étape supplémentaire dans l’imaginaire en situant son action dans un pays fictif. Un choix créatif et politique à la fois, puisque ce subterfuge lui permet de critiquer la montée des mouvements nationalistes dans les années 30.

Comme avec Moonrise Kingdom qui se déroulait dans les années 60, l’esthétique délicieusement surannée de Wes Anderson prend encore plus de sens quand elle sert une intrigue historique. Depuis toujours entre ses plans quasi symétriques, ses couleurs pures et éclatantes et ses personnages folkloriques, le réalisateur tente de capter une sorte de réalité aujourd’hui révolue. Et c’est d’ailleurs pour cela que chacun de ses longs métrages est empreint d’un parfum de nostalgie. The Grand Budapest Hotel n’échappe pas à cette règle, mais la beauté formelle est rattrapée cette fois-ci par le sens de l’aventure de son auteur.

Il plane comme un soupçon de Tintin dans cette histoire de groom immigré qui hérite d’un grand hôtel. L’intrépide journaliste prend ici les traits d’un jeune Lobby Boy (la découverte Tony Revolori) et le capitaine Haddock se transforme en maître d’hôtel chevronné (Ralph Fiennes, Skyfall). Sauf que ce dernier a troqué ses bouteilles de rhum contre un penchant pour les vieilles dames. Dans cette version la Castafiore/Tilda Swinton (Snowpiercer, Only Lovers Left Alive) n’a donc pas trop de mal à arriver à ses fins. Les oeuvres de Stefan Zweig (à qui le film est dédié) et celles d’Agatha Christie complètent les influences du réalisateur.

Le reste n’est que pure fantaisie. Gags burlesques, décors dessinés, personnages tout droit sortis d’une bande dessinée… le cinéaste s’amuse comme un petit fou avec la bêtise humaine. Il peut compter en plus sur un casting hétéroclite composé de fidèles (Owen Wilson, Bill Murray, Willem Dafoe, Edward Norton, Adrian Brody, Harvey Keitel, Mathieu Amalric…) et de petits nouveaux (Saoirse Ronan, Jude Law, Léa Seydoux). Tous ont épousé cet univers de doux-dingue avec talent. Une réussite sur toute la ligne pour Monsieur Anderson.

Marianne

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