Critique : The Guilty, de Gustav Möller

Qu’est-ce que pour vous un film de cinéma ? Je sais la question est complexe mais de la réponse dépendra selon moi votre sentiment vis-à-vis de The Guilty. Si le rythme et le suspense d’une histoire, peu importent leurs formes, suffisent à votre bonheur alors c’est avec un certain intérêt que vous plongerez dans ce thriller danois. Mais si comme moi, vous pensez qu’un film n’est rien sans intention visuelle, vous risquez de trouver ce Guilty très oubliable.

Suspense vocal. Dans un centre d’appel de police secours, un agent reçoit un appel inquiétant. Une jeune femme lui annonce qu’elle est en train de se faire kidnapper. Quand la conversation se coupe, le policier va devoir faire travailler son intuition pour la retrouver. Sur le papier, le film de Gustav Möller a tout du néo-thriller moderne et sociétal. Et si le rythme est enlevé et l’histoire prenante (même si certains rebondissements se révèlent assez prévisibles), le cadre volontairement étroit de la mise en scène finit par être gênant.

Faux semblant. Le huis clos n’est pas un genre nouveau au cinéma. Mais d’habitude, l’enfermement est une invitation pour les cinéastes à la créativité. On se souvient par exemple du plan séquence unique de la Corde de Hitchcock ou des ombres menaçantes d’Alien dans le Nostromo. Sauf qu’ici le centre d’appels n’est pas le lieu de l’action ou du danger, c’est donc au spectateur de faire un travail d’imagination pour se retrouver au cœur de l’histoire.

Non-cinéma. Gustav Möller ne s’amuse pas à générer autre chose que des gros plans sur des regards inquiets et des dialogues certes pesants mais invisibles à nos yeux. Il ne cherche même pas à déconstruire notre regard pour mieux le perturber. Pire, en fermant les yeux, The Guilty gagnerait sans doute en profondeur et en suspense. On est dans une sorte d’anti-cinéma, qui aurait pu être intéressant si il était fait avec une intention. Spike Jonze, par exemple, avait réussi à maîtriser l’exercice avec Her et son sens du décadrage.  Dommage car le twist final de The Guilty offre une réflexion bienvenue sur les clichés et les apparences trompeuses. Mais avec du vrai cinéma dedans, le débat aurait été encore plus passionnant.

Marianne

Le film en bref : Un huis clos minimaliste au scénario bien construit mais qui pâtit d’un vrai manque de vision en termes de mise en scène.

Photo : © Nikolaj Møller

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