Critique : The Program, de Stephen Frears

La genèse de The Program mériterait de faire l’objet d’un film à part entière. Hollywood s’était en effet emparé avec empressement de l’histoire de Lance Armstrong, champion de génie qui a remporté 7 fois le tour de France après avoir vaincu un cancer. La fabrique à héros américaine avait encore fonctionné. Mais ça, c’était avant. Avant que l’horrible vérité n’éclate enfin. De film sur le dépassement de soi, le biopic sur Lance Armstrong est devenu un constat assez terrifiant sur le mensonge et la mégalomanie. 

Sobriété. Stephen Frears n’est clairement pas dans le sensationnalisme. Il raconte son histoire de manière concise (un peu trop peut-être), méthodique et linéaire. Les faits, rien que les faits, votre honneur. Cette chronologie factuelle a un intérêt : nous montrer la lente transformation d’un homme passionné en machine. Le monstre derrière le sourire de Ben Foster (Les Amants du Texas) n’est jamais loin. D’ailleurs Frears filme le corps de son antihéros comme un champ de bataille : sain, meurtri, transformé, glorifié…

Une prestation forte. Ben Foster, qui s’apprête à quitter le statut d’inconnu du grand public puisqu’il est annoncé au casting de l’adaptation de Warcraft, livre une performance impressionnante. Jamais dans la surenchère, il utilise sa dégaine de simple mortel pour se muer en monstre de foire.

Arrogance. Armstrong, tel que dépeint par Frears, apparaît comme pris à son propre piège : le mensonge. Bouffi d’orgueil, ayant vaincu le cancer et réussi à déjouer tous les contrôles antidopage, il se pense invincible, tout puissant. En Dieu de l’Olympe, il n’hésite pas à intimider, manipuler ou humilier tous ceux qui osent le défier. Plus dure sera la chute. Si cette déification est passionnante, on regrette que le réalisateur n’est pas posé le même regard sur les autres personnages de cette saga. A commencer par le journaliste qui depuis le début a remis en cause la sincérité du coureur. Filmer le combat de ces deux-là de manière plus épique aurait sans doute renforcé le propos du film.

Un faux frère. Le seul qui parvient à rivaliser avec le demi-dieu s’appelle Floyd Landis (Jesse Plemons, The Master). Stephen Frears s’y intéresse car il est le talon d’Achille de toute cette affaire. Du coup, le cinéaste prend le temps de s’attarder sur sa personnalité lors de séquences créatives (celle du café en France ou la discussion sur le futur film ayant pour héros Armstrong) qui sortent un peu du cadre. Elles le rendent paradoxalement plus vivant que les autres personnages.

Frears explore avec talent le mystère Armstrong. Mais on aurait aimé qu’il dénonce un peu plus le système qui a rendu cette supercherie possible. Après tout, il ne faut jamais oublier qu’une société a les monstres qu’elle mérite…

Marianne

Le film en bref : Un film assez terrifiant sur un homme prisonnier de son propre mensonge. Ben Foster est habité. Dommage que Frears n’est pas plus mis en avant les failles du système qui a créer le monstre.

Photo : © StudioCanal

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