Critique : The Revenant, d’Alejandro González Iñárritu

©Twentieth Century Fox / The Revenant

Après le magnifique et déjanté plan séquence de Birdman, Alejandro González Iñárritu tente une nouvelle fois de réinventer les codes du cinéma. Avec The Revenant, il a tenté de revenir à une forme de cinéma vérité, presque naturaliste. Baigné dans une lumière magnifique, utilisant les décors naturels (le Canada et l’Argentine) comme un studio à ciel ouvert, mettant Leonardo DiCaprio à rude épreuve (il a dû manger du foie de bison cru…), le long métrage est une véritable expérience. Préparez-vous.

Faux western. Avec cette histoire de trappeur attaqué par un ours et laissé pour mort par ses camarades, Iñárritu semble mettre en scène une sorte de western métaphysique, un peu comme Terrence Malick avec Le Nouveau Monde. Mais très vite, le spectateur comprend que l’Ouest américain n’est pas qu’un décor mais que The Revenant est avant tout un survival movie. Si le genre est à la mode ces derniers temps (Everest, Seul sur Mars...), le cinéaste mexicain tente comme à son habitude d’en redéfinir les contours.

Instinct de survie. Dès la scène d’ouverture, Iñárritu fait son show. L’immersion doit être totale. Il filme une attaque d’Indiens comme Spielberg avait filmé le débarquement dans Il faut sauver le soldat Ryan. La violence est crue, sans fard, l’expérience n’est pas franchement plaisante mais elle reste complètement fascinante. Et pendant tout le long métrage, le cinéaste tentera de capter cette même rage qui prend les traits d’un trappeur possédant un exceptionnel instinct de survie. De l’attaque spectaculaire d’un ours (franchement, je n’ai aucune idée de comment ils ont réussi à réaliser cette scène) à une course poursuite à cheval qui finit dans un ravin, le cinéaste mettra vos nerfs à rude épreuve.

Une performance bluffante. Certains pourront reprocher au film de n’être qu’une succession de numéros de bravoure. Et ce n’est pas faux, la trame principale de The Revenant ne tient qu’en quelques lignes. Mais en épurant ainsi son récit et en assumant complètement sa caméra virtuose, Iñárritu ne tente pas de faire un cinéma réaliste mais plutôt de revenir à une forme primaire, presque instinctive et animale de l’être humain. Il utilise d’ailleurs DiCaprio comme son principal vecteur. Quasiment mutique, passant son temps à grimacer, à éructer ou à regarder le ciel, l’acteur endosse pleinement le côté performance de sa prestation. Il aura bien mérité son Oscar même si à Lost in Universes on pense qu’il aurait dû décrocher la petite statuette depuis bien longtemps…

Une expérience à vivre. Avec ce nouveau long métrage, le réalisateur de Babel et Biutiful s’affirme encore une fois comme un cinéaste jusqu’au-boutiste qui n’a pas peur d’en faire trop. Je comprends que sa démarche puissent agacer certains amateurs d’un cinéma plus subtil mais quoi qu’on en pense, il faut au moins tenter l’expérience. Après tout ce n’est pas tous les jours que vous verrez un ours furieux d’aussi prêt.

Marianne

Le film en bref : The Revenant est un survival movie à la fois primaire et virtuose qui permet à Léonardo DiCaprio de livrer une performance impressionnante. Malgré une trame linéaire et des rebondissements un peu trop incroyables, on aime que le film sorte volontairement du cadre parfois un peu cloisonné du cinéma contemporain. ça serait dommage de passer à côté même si vous n’aimez pas.


Photo : ©Twentieth Century Fox

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