Critique : The Voices, de Marjane Satrapi

Mais qu’est-il arrivé à Marjane Satrapi ? C’est la question que l’on peut se poser devant l’univers rose bonbon sanglant de son nouveau long métrage. Une envie d’ailleurs certainement.  On la comprend.  Après tout il n’y a rien de pire pour un cinéaste que de se répéter et donc de n’avoir plus rien à dire. Alors disons qu’avec The Voices elle a pris un virage à 90°. Un peu radical  peut-être. Mais sur la route, le spectateur fera tout de même quelques charmantes découvertes. 

Même si le scénario n’est pas adapté d’une œuvre de la dessinatrice, The Voices semble pourtant tout droit sorti des cases d’une BD. Entre les animaux qui parlent, les filles sexy de la compta et le look de Ken niais (non ce n’est pas un pléonasme !) de Ryan Reynolds (Captives), on nage en plein comics trash. Et pétri d’humour noir. Mais méfiez-vous des apparences.

Car derrière ce décorum de foire foraine où un schizophrène discute avec ses animaux de compagnie sur la frontière entre le bien et le mal ne se cache pas qu’une comédie noire. Marjane Satrapi s’intéresse à la notion de réalité. Le spectateur va s’apercevoir que l’image attrayante que nous montre l’écran n’est qu’une projection de l’esprit du personnage de Ryan Reynolds. Mais quand ce dernier arrête de prendre son traitement, le réel reprend ses droits. Et ce n’est pas beau à voir. De coloré et affable, le décor devient crasseux, nauséabond voire effrayant.

Ces petites séquences réalistes ne sont hélas pas assez exploitées par la cinéaste, qui semble préférer le grand guignol à la mise en abyme. Pourtant, après cette incursion dans la psyché du personnage, il devient difficile d’observer la situation avec le même recul. Ce qui n’était que drôle au début du film devient soudain un peu  triste, voire tragique. Cette ambiguïté ne nous quitte jamais totalement.

Heureusement, la cinéaste se rattrape avec son inventivité délirante. Les répliques de l’inénarrable Monsieur Moustache (aka le chat) et la grâce de Gemma Arterton (Gemma Bovary) et d’Anna Kendrick (Into the Woods) font le reste.

Marianne

Photo : © Le Pacte

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