Critique : The Young Lady, de William Oldroy

Si on devait résumer l’univers de The Young Lady en une phrase, on pourrait dire que c’est un peu comme si Shakespeare rencontrait Emilie Brontë. Deux références littéraires dont le britannique William Oldroy s’empare avec autant d’emphase que de modernité. Il faut dire que cette histoire de jeune épouse laissée pour compte par son mari et qui va s’amouracher du palefrenier comprend les bases de la tragédie classique à l’anglaise. Mais c’est un faux semblant. Car le film est en réalité une adaptation de Lady Macbeth du District de Mtsenk, un livre de Nicolaï Leskov qui raconte l’histoire de la première tueuse en série de la littérature russe. 

Cadre théâtral. Pour donner vie à ce texte subversif (Staline l’avait fait interdire), William Oldroy et sa scénariste Alice Birch ont opté pour une narration assez théâtrale. Un univers dont ils maîtrisaient tous les deux les codes puisqu’avant de se lancer dans le cinéma, les deux artistes avaient officié sur la scène londonienne.  De cette expérience, Oldroy a visiblement conservé un certain sens pour le cadre fixe et enserré, idéal pour filmer l’ennui de cette épouse condamné à rester cloitrée entre quatre murs par un mari qui refuse de la toucher.

Féminisme en chausse trappe. Avec un tel propos, on comprend que le film est fait scandale au XIXe siècle car il osait aborder le thème de la condition de la femme à une époque où elle n’était qu’un bien parmi les autres. Et quand la jeune femme ose en plus briser tous les interdits en prenant un amant quasiment aux yeux de tous, The Young Lady semble prendre parti pour une certaine forme d’indépendance. Mais la fin du film plus sombre oblige le spectateur a ne pas accepter le film comme étant totalement féministe, il interroge plutôt sur le pouvoir, la pression sociale et le rôle du sexe dans la société de cette époque.

Inspiration. The Young Lady séduit également grâce au sens du détail du cinéaste. Qu’il choisisse de faire d’un chat mystérieux un élément élégant de son cadre ou qu’il filme les bruyères sauvages avec un naturalisme romantique, il donne à son film un univers assez original loin du classicisme inhérent à ce genre de film en costume. Florence Pugh, pratiquement de tous les plans, s’impose également comme une héroïne moderne osant briser les carcans de son époque. Une jolie réussite.

Marianne

Le film en bref : Un film en costume qui traite de la condition de la femme, mais aussi de pouvoir et de sexe. Le tout est filmé dans un style aussi théâtral que romantique. The Young Lady est surtout l’occasion de faire exploser le talent de Florence Pugh, dont le regard déterminé hante véritablement ce long métrage faussement classique.

Photo : © KMBO

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