Critique : Three Billboards, de Martin McDonagh

Il y a des traductions qui devraient être interdites. Three Billboards, titre sobre en version originale, est devenu en français Les Panneaux de la colère. On dirait le nom d’un de ces téléfilms larmoyants que M6 diffusait en boucle dans les années 90. C’est d’autant plus mal choisi que le film de Martin McDonagh, drame rural qui emprunte aux frères Coen, se révèle être une chronique douce amère assez inattendue.

Amérique profonde. Dans la petite commune de Ebbing dans le Missouri, une mère de famille décide de louer trois panneaux publicitaires afin d’interpeler la police locale. Son grief ?  Ils n’ont toujours pas réussi à élucider le meurtre de sa fille survenu cinq ans plus tôt. Avec ce point de départ en apparence anodin, Martin McDonagh tricote une intrigue insolite à la frontière entre le polar et la comédie redneck. Car même si Martin McDonagh est irlandais et pas américain, il situe son curseur social du côté des petites gens. Les habitants d’Ebbing n’appartiennent pas à cette Amérique gagnante que nous vend souvent le cinéma hollywoodien.

Humour féroce.  Pas question pour autant pour Martin McDonagh de tomber dans une sorte de misérabilisme échevelé ou de défendre l’idée de se faire justice soi-même. Pour éviter ces écueils, il a opté pour une arme désarmante : un humour décalé qui fonctionne un peu comme une soupape de sécurité. C’est sans doute un peu trivial mais ça reste diablement efficace et cela donne une âme supplémentaire à ces personnages.

Rédemption. Le scénario original réserve quelques jolis rebondissements. Mais la caractérisation des personnages reste le point fort de ce long métrage. Evidemment les acteurs participent au plaisir que l’on prend à suivre ces anti-héros abîmés par la vie. Frances McDormand (Burn After Reading), Woody Harrelson (Hunger Games) ou encore Peter Dinklage (Game of Throne) n’ont rien des archétypes classiques de ce genre de production. A ce petit jeu-là, le personnage de flic bête et méchant incarné par Sam Rockwell remporte sans doute la palme du caractere treatment. Tout simplement car le spectateur commence par le détester avant de le comprendre et de l’aimer. Et ce roller coaster émotionnel en forme de rédemption est la parfaite conclusion pour cette histoire autour du pardon.

Marianne

Le film en bref : Ne vous fiez surtout pas à son titre français, Three Billboards est une chronique sociétale située dans l’Amérique profonde qui se donne des faux airs de comédie noire façon Frères Coen. On apprécie particulièrement son humour franc du collier et ses personnages dont l’évolution personnelle est édifiante et émouvante.

Photo : © 2017 Twentieth Century Fox

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