Critique : Trois Souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin

Même les films d’auteur ont droit à leur prequel. La preuve avec Trois Souvenirs de ma jeunesse, qui revient sur les jeunes années de Paul Dédalus, héros de Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin. On va pas se mentir, ce long métrage sorti en 1996 et encensé par une grande partie de la presse m’a toujours laissé de marbre. Mais parfois les années se passent et les films ne se ressemblent pas. Tant mieux.

Pour Arnaud Desplechin, le prequel est envisagé comme un patchwork de souvenirs. Paul Dédalus (toujours incarné par le génial Mathieu Amalric vu récemment dans The Grand Budapest Hotel, Jimmy P. ou L’Amour est un crime parfait) nous plonge dans sa mémoire. Si les deux premiers souvenirs sont racontés de manière assez lapidaire (la mort de sa mère et son voyage en URSS), le troisième est le vrai sujet du film. A savoir son histoire d’amour passionnelle et hors-norme avec Esther.

Pour chaque souvenir, le cinéaste a créé un univers : on passe ainsi du conte pour enfant un poil mélancolique à l’exhaltation du film d’espionnage pour finir par le teen movie romantique. Et sur ce dernier point, Desplechin s’amuse en créant des ruptures de rythme aussi amusantes que déconcertantes. Les pérégrinations de Paul et Esther sont le prétexte à des moments magiques de cinéma, entrecoupés de séquences drôles et élégiaques. Puis tout à coup, la relation devient épistolaire. Elle est par moment racontée à travers la lecture de lettres trop bien écrites. Après tout on est pas sensé être si sérieux quand on a 17 ans…

Ce chaos narratif est grisant mais il laisse aussi une impression d’inachevé. Comme si il y avait des pans entiers de cette histoire qui n’étaient qu’effleurés. C’est sans doute le but recherché car les souvenirs d’une personne sont forcément partiels et partiaux… Et le retour à la vie adulte de Paul, loin de cette fantaisie, se révèle d’ailleurs un petit peu brutal pour le spectateur.

Mais rassurez-vous la majorité du voyage est assuré par Lou Roy Lecollinet et Quentin Dolmaire, deux jeunes acteurs pleins de fougue qui n’essaient pas de ressembler à leurs aînés. On espère simplement que la suite de leur carrière sera aussi pétillante.

Marianne

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