Critique : Un homme très recherché, d’Anton Corbijn

John le Carré est le maître du thriller d’espionnage réaliste. Avec ses dialogues cryptiques et son univers urbain morose Un homme très recherché ne déroge pas à la règle. Surtout qu’Anton Corbijn adopte une mise en scène volontairement sèche et antispectaculaire. N’espérez pas voir dans ce film une course poursuite ahurissante ou une fusillade. Ici la violence est morale, pas visuelle.

Ce parti pris tranche forcément avec le dernier film du réalisateur The American qui regorgeait d’effets de style tape-à-l’œil. Cette fois ci, on assiste plutôt à une succession de cadres fixes, quelques éclairages au néon et des décors très épurés… Sans oublier les longs tête à tête entre G men ! Bref Un homme très recherché n’est pas un film très chaleureux.

Mais peu importe. Car cette sobriété rugueuse a du sens. Elle sert une trame verbeuse qui repose sur des tractations entre des espions internationaux. Comme avec l’excellent la Taupe, il faudra un peu de temps au spectateur pour pénétrer les rouages de cette histoire. Vous y suivrez un mystérieux jeune homme, mi- tchétchène mi-russe, qui cherche à infiltrer le milieu islamique de la ville de Hambourg pour récupérer l’héritage mal acquis de son père.

Au bout d’un moment, sans qu’on y prenne garde, le suspense s’installe. Et le malaise aussi. Car en toile de fond plane le fantôme toujours tenace du 11 septembre 2001. Ces personnages taciturnes ne sont finalement que des pions pris au piège sur l’échiquier mondial. Le regretté Philip Seymour Hoffman incarne avec sa silhouette malhabile, les derniers vestiges d’une race de héros aujourd’hui disparue. C’est le combat de la vieille Europe loyale contre l’hégémonie américaine. Pas besoin de dessins, vous savez qui gagne toujours à la fin.

Marianne


Photo : © Mars Distribution

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