Critique : Under the Silver Lake, de David Robert Mitchell | Lost in Universes – Le portail vers d'autres univers

Critique : Under the Silver Lake, de David Robert Mitchell

Il en est parfois des films comme il en est dans la vie : On ne sait pas toujours sur quoi on va tomber. Le spectateur qui s’aventure dans la salle qui diffuse Under the Silver Lake, hagard et bonhomme comme le personnage principal du long métrage qu’il s’apprête à découvrir, risque d’être déboussolé par la manière dont David Robert Mitchell s’amuse avec les codes du genre. Ainsi pendant les vingt premières minutes, le film emprunte la carte du Néonoir dans une sorte de La La Land écrasé de soleil et de solitude. Puis soudainement il se perd dans une réflexion méta douce amère sur le pouvoir et les limites de la Pop Culture. Etrange vous avez dit étrange ? Tentatives d’explications.

Planter le décor. Dans Under the Silver Lake, rien n’est anodin. Du moins en apparence. Le choix de Los Angeles comme cadre des déambulations mystérieuses de Sam (inspiré Andrew Garfield) ne pourrait être plus approprié. Le cinéaste nous livre une représentation tentaculaire de la cité des anges, toujours à mi chemin entre le rêve et le cauchemar. Comme si, il nous rappelait sans cesse que chaque médaille a son revers. Dans ce temple du cinéma, le glamour et le sordide se côtoient en permanence sans jamais émouvoir aucun des personnages à l’écran.

Démystifier le héros. Sam, faussement nonchalant, incarne parfaitement cette ambiguïté. Il se révèle même un anti-héros plus inquiétant que solaire. Et c’est à travers son regard que le spectateur vit cette histoire. Un regard passif. Pire une sorte de mâle gaze désabusé et inconscient de son propre privilège. Sam est ainsi porté par une sorte d’élan chevaleresque, il doit sauver « la fille ». Mais en même temps, il se révèle incapable de réagir quand il en croise une autre en pleurs.

Déconstruire le mythe. Le point de départ de l’intrigue, assez classique, est une enquête autour de la disparition d’une jeune femme evanescente, mélange à peine voilé de la blonde hitchcockienne et de la Marilyn Monroe des Misfits. Mais de références en citations, d’indices cachés en phrases sybilines, de codes symboliques en labyrinthe métaphoriques, le film se transforme à un puzzle grandeur nature. Sauf qu’à la fin, le spectateur risque de se retrouver avec des pièces qui ne rentrent dans aucune case.

Nouveau courant artistique. Mais en y regardant de plus près, on se rend compte que tout le film a été construit autour de l’importance de la Pop Culture dans nos vie. David Robert Mitchell, la glorifie, parvient même à s’autociter, pour mieux nous rappeler la vacuité de l’entreprise lors d’une séquence climax aussi délirante qu’inquiétante. Le cinéaste pietinne allégrement tout ce que la Pop Culture a fait de mieux depuis plus d’un siècle ! Mais cette destruction n’est pas gratuite. Il faut parfois tordre er déchirer les codes d’un genre pour pouvoir en fait les réinventer. C’est ce que les artistes visionnaires font depuis toujours pour permettre à un nouveau mouvement de voir le jour…

Et après ? Après avoir réécrit les codes du film pour adolescents (The Myth of American Sleepover), du film d’horreur (It Follows) et du néomodernisme (Under the Silver Lake), on se demande bien dans quelle nouvelle épopée va se plonger ce cinéaste protéiforme. La suite au prochain épisode.

Marianne

Le film en bref : Faux Néo Noir et vrai labyrinthe rempli de Pop Culture, Under the Silver Lake s’amuse à brouiller les brouiller les pistes pour mieux déstabiliser le spectateur. Ou comment déconstruire pour créer quelque chose de nouveau. A voir et à revoir.

Photo : © A24

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