Critique : Une belle fin, de Uberto Pasolini

Difficile de croire que la vocation d’Uberto Pasolini pour le cinéma est due au hasard. Avec un tel patronyme et quand on est en plus un parent éloigné de Luchino Visconti, il paraît difficile de ne pas avoir le 7e art chevillé au corps. Assistant réalisateur, producteur, scénariste, il peut se vanter d’être un stakhanoviste. Pourtant du haut de ses 57 ans, Une belle fin (Still Life en VO) n’est que son deuxième film derrière la caméra.

Inspiré d’une histoire vraie, ce long métrage se penche sur la vie solitaire du mystérieux Monsieur May (Formidable Eddie Marsan, Le Dernier Pub avant la fin du monde). Son travail consiste à organiser les funérailles de Londoniens qui n’ont plus de proches. Du moins en apparence. « Quel drôle de travail vous faites là. Toutes ces vies… », lui confie un jour une femme chez qui il est venu pour annoncer le décès de l’un de ses protégés. Et c’est vrai. Mais Monsieur May ne le voit pas comme ça. Tous ces morts remplissent si bien sa vie qu’il en oublie d’avoir besoin des vivants. Il est seul mais il n’ est pas triste. Toute la délicatesse du personnage tient dans cette petite distinction.

Uberto Pasolini filme le quotidien de cet homme, précis et minutieux avec la même rigueur que son personnage met dans son travail. Il fuit les effets, multiplie les plans fixes et n’a pas peur de la répétition. Mais son cadre toujours élégant parvient à capturer toute la beauté de cette vie pas banale.

L’émotion est palpable dans chaque séquence. Car Pasolini a le sens du détail. Une photo, un collier, un regard, un silence… ce sont ces petits riens qui donnent au long métrage toute sa finesse.

Surtout malgré le sujet, Une belle fin n’est jamais un film triste. C’est au contraire un film sur un anonyme, peut être un de ceux que l’on croise tous les matins, qui sous son apparence ordinaire est un homme d’une incroyable générosité. Le réalisateur en profite pour critiquer au passage l’extrême rationalisation de notre monde qui conduit à une vraie déshumanisation. Mais je suppose que tant qu’il y aura des Monsieur May, tout n’est peut-être pas perdu.

Marianne


Photo : © Piffl Medien GmbH

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *