Critique : Victoria, de Sebastian Schipper

Primé à Berlin et à Beaune (Festival du film policier), Victoria est ce que l’on appelle un film de Festival. Soit un petit film qui arrive sur nos écrans auréolé d’une réputation flatteuse. Sebastian Schipper, réalisateur et scénariste, s’est lancé un défi de taille avec ce long métrage. Il a réalisé un plan séquence en temps réel de 2 h 14. D’un point de vue technique, Victoria a donc de quoi suscité l’attention des cinéphiles. Car si ce n’est pas la première fois que quelqu’un réalise un film en utilisant ce principe (on se souvient de La Corde d’Hitchcock et du récent Birdman), cette fois-ci, Schipper ne triche pas. Ou du moins, on aime à le croire !

Seulement voilà, si je ne nie pas l’exploit technique réalisé par Sebastian Schipper, j’ai plus de mal à en apprécier la virtuosité et même l’intérêt. Victoria est  filmé comme un found footage (Blair Witch, Projet X et cie), c’est-à-dire caméra à l’épaule sauf que le cameraman n’est pas censé être présent dans la scène. Ça ressemble plutôt à une sorte de reportage pris sur le vif. Résulat, la caméra bouge sans arrêt, les images sont souvent floues. En plus comme l’action se situe la nuit, la lisibilité de l’action est loin d’être optimale. Moralité, à Lost in Universes, on trouve que le résultat visuel est parfois moche. Pire, au bout d’un moment certains spectateurs risquent d’avoir le mal de mer !

Si encore, cette façon de filmer apportait quelque chose de tangible au niveau de l’histoire ou de la narration. Mais ce n’est pas le cas. Au mieux, on sent bien que le cinéaste a voulu insuffler à son film une ambiance viscérale, revenir à une forme primaire du cinéma. Mais le rendu est bien trop approximatif pour se laisser prendre au jeu.

Pour réussir son coup, il aurait fallu que le scénario suive une route un peu moins prévisible. Certes, le film commence comme une virée nocturne un peu délirante avant de basculer dans le polar noir. Mais les ficelles sont tellement épaisses qu’on peine vraiment à y croire.

Dommage car les jeunes acteurs, en roue libre, se révèlent assez convaincants (Laia Costa et Frederick Lau en tête). Et le film propose de temps en temps quelques belles idées : comme la scène sur le toit, celle du piano ou encore celles de la boîte de nuit au début et au milieu du film. Des séquences parfaitement maîtrisées qui font regretter que le cinéaste ait préféré le défi technique à la cinégénie.

Marianne

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