Critique : Wonder Wheel, de Woody Allen

Parc d’attractions de Coney Island, années 50. Quatre personnages se retrouvent entremêlés dans une valse des sentiments. En posant son décor dans une époque fantasmée et désormais révolue, Woody Allen joue peut-être encore plus que d’habitude sur la théâtralité de son cinéma. D’autant que le narrateur, aspirant dramaturge, est lui-même un personnage central de cette histoire. 

Frustrations. Ginny, ex-actrice reconvertie en serveuse, mal mariée à Humpty, alcoolique en rédemption, entame une liaison avec un jeune maître nageur qui se rêve metteur en scène. L’arrivée de Carolina, la fille d’Humpty, fuyant un ex-mari gangster, va faire voler en éclat ce fragile équilibre. Il ne faut pas plus de 15 minutes pour comprendre les enjeux de ce Wonder Wheel. Ginny (magnifique Kate Winslet) rongée par les regrets et les frustrations va mener un jeu de dupe qui va forcément mal finir. Et c’est sans doute le principal problème de la trame imaginée par Woody Allen : le spectateur en devine un peu trop rapidement la fin.

Tribunal. Surtout que Woody Allen n’est jamais dans la nuance. Ginny, lunatique et jalouse n’a jamais sa compassion. Pourtant, elle doit quand même faire face à un mari alcoolique et violent à ses heures, à un fils pyromane (gimmick amusant du film mais qui n’est pas très bien exploité) et à la lâcheté d’un amoureux qui lui préfère un minois plus jeune. Ginny est pourtant désignée comme la seule coupable. Il faut tout le talent de Kate Winslet, pour éviter à ce personnage de tomber dans la facilité de la femme hystérique.

Un autre film. En sortant de la salle, on se met alors à rêver sur ce que le film aurait pu être. Au lieu de nous rejouer pour la millième fois la ronde amoureuse, Woody Allen aurait pu s’intéresser au désespoir de la ménagère des années 50 emprisonnée dans un rôle qu’elle n’a jamais voulu, car trop dépendante des hommes. Hélas, ça ne sera pas pour cette fois.

Décor. C’est d’autant plus dommage que l’univers développé par le cinéaste est une pure réussite graphique. Le travail fait sur la lumière qui vient sans arrêt mettre en relief les émotions des personnages est la grande force de ce long métrage. Wonder Wheel, auréolé de cette poésie élégiaque, a une imagerie unique qui restera sans doute plus longtemps dans les mémoires que son intrigue.

Marianne

Le film en bref : Avec cette valse amoureuse située dans le Coney Island des années 50, Woody Allen offre un rôle de femme amère sur mesure à Kate Winslet. Si l’intrigue est bien trop prévisible et la vision de la frustration féminine un peu trop caricaturale, on aime particulièrement l’ambiance théâtrale sublimée par une lumière omniprésente.

Photo : © Mars Films

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