Critique : Yves Saint-Laurent, de Jalil Lespert

Le chiffon et le cinéma font généralement bon ménage. Les grands couturiers sont sollicités pour imaginer les costumes d’un film. Et aujourd’hui, ils deviennent des héros de cinéma comme les autres. Après Coco Chanel il y a six ans (Coco avant Chanel et Coco Chanel & Igor Stravinsky), c’est au tour d’Yves Saint-Laurent (mieux connu des fashionistas sous l’acronyme YSL) d’avoir les honneurs du Septième Art.

Et pour rendre hommage au bonhomme, Jalil Lespert y a mis les formes. Les reconstitutions d’époque sont soignées. Les robes hypnotiques. Les mannequins charmantes (mention spéciale à Charlotte Le Bon). Pierre Niney (20 ans d’écart) et Guillaume Gallienne (Les Garçons et Guillaume, à table !), tous les deux métamorphosés, incarnent la passion amoureuse contrariée avec talent.

Bref, l’emballage est scintillant. Mais une fois le cadeau ouvert, il ne reste malheureusement plus grand-chose. Car si Jalil Lespert maîtrise les cadrages élégants, il a plus de mal avec le montage. Yves Saint-Laurent est constitué d’une multitude de petites saynètes, plaisantes, mais suivant une chronologie un peu trop scolaire. Pire, le cinéaste gère mal ses ellipses dans la deuxième partie du film, perdant complètement le spectateur dans la ligne du temps.

Ce kaléidoscope narratif a pour conséquence de nous éloigner du sujet principal : Yves Saint-Laurent. Très peu de scènes sont consacrées à son génie narratif ou au monde de la mode en général. Certes tous les éléments de sa vie sont représentés sans censure (son séjour en hôpital psychiatrique, sa jalousie, son addiction à la drogue, même ses partouzes gays), mais cela ne suffit pas à savoir qui il était, ce qui se passait dans sa tête. Pourquoi a-t-il fait ses choix ? Quelles conséquences cela a-t-il eu sur sa vie, son art ou même ses proches ? Franchement nous n’en saurons rien.

On a clairement plus l’impression d’assister à la vision de Pierre Bergé (qui a donné son aval au script) qu’à celle du couturier. L’homme d’affaires l’idolâtrait, même avec tous ses défauts, mais empêchait tout le monde de l’approcher. Idem pour les spectateurs.

Du coup le projet concurrent intitulé Saint-Laurent avec Gaspard Ulliel dans le rôle-titre apparaît finalement bienvenu. Espérons que ce long métrage signé Bertrand Bonnello parviendra lui à lever le voile sur le vrai Yves Saint-Laurent et pas la version fantasmée de Pierre Bergé.

Marianne

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