Critique : Django Unchained, de Quentin Tarentino

Le western. Genre (hélas) un peu moribond depuis 30 ans. Mais dans le cœur du cinéphage Tarentino, ces films oubliés par une ère contemporaine plus lisse, revêtent une dimension bien particulière. Qu’il aime à revisiter. Après la Blacksploitation, le film de Kung fu ou encore la série B horrifique, la madeleine de Proust 2012 sera donc le western. Et plus particulièrement sa version italienne, «  le spaghetti ».

Même si c’est la première fois qu’il s’attaque ouvertement au genre, Quentin Tarentino lui a déjà rendu un véritable hommage dans Inglorious Basterds, dont certains plans étaient directement inspirés du travail de Sergio Léone. Avec Django Unchained, on replonge dans cette époque mythique de l’histoire américaine. Sauf que chez Tarentino, les indiens sont remplacés par des esclaves et les cow-boys prennent l’apparence de propriétaires terriens racistes. En choisissant cet angle de vu le réalisateur a d’ailleurs crée une polémique, prouvant que l’Amérique a encore du mal à assumer cette partie sombre de son histoire.

Au-delà de cette charge sociale, on retrouve évidemment toute la maestria visuelle propre au genre avec camera dansante, ralentis stylisés et contrechamps révélateurs (Ah le sang qui gicle, une constante indispensable du cinéma tarentinien). Mais pas seulement. Tarentino s’est aussi emparé des grands codes des westerns classiques avec des traversées à cheval dans des paysages grandioses, des chasses à l’homme ou encore l’arrivée de l’étranger dans une ville hostile….

Du moins dans la première partie du film. Ensuite quand la quête de la femme de Django débute vraiment, Tarentino retourne à ce qu’il maîtrise le mieux : le Revenge movie. Au menu, méchant charismatique (Leonardo DiCaprio, parfait comme d’habitude), acolytes cruels et nigauds qui servent de chair à canon et diatribes verbales jouissives.  Mais là où Tarentino reste le maître incontesté, c’est sans aucun doute dans l’art de faire monter la pression. A ce titre, il transforme une simple scène de repas en huit clos théâtral, alternant les allers retour entre la grande table et les coulisses. Un pur moment de bonheur.

Ne vous y trompez pas. Malgré ces incontestables qualités, Django Unchained n’est pas exempt de faiblesses. Sa longueur tout d’abord qui peut se justifier mais n’évite pas le sentiment de surenchère. D’autre part, même si ce nouvel opus se dévore des yeux avec plaisir, la récurrence de ses obsessions finit par créer un sentiment de prévisibilité narrative, émoussant certains de ses effets de surprise. Enfin, la femme, figure emblématique de son cinéma, est réduite ici au rôle de belle princesse à délivrer. Kerry Washington (héroïne de la série Scandal) aurait mérité un peu mieux.

Il offre par contre à Christoph Waltz, un rôle de dentiste/ chasseur de prime allemand génial qui sert de pivot au récit. Ce personnage étranger porte forcément un regard un peu différent sur ce pays en pleine construction. Et Christoph Waltz (à contremploi après son rôle de nazi sadique dans Inglorious Basterds) vole même la vedette à un Jamie Foxx, inspiré, viril mais un poil trop mutique. Au final, avec Django Unchained Tarentino livre une oeuvre fleuve, sorte de synthèse plus adulte de ces derniers films… Indéniablement réjouissant.

Marianne

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