Critique : Lincoln, de Steven Spielberg

Ne vous fiez pas aux apparences. Dans Lincoln, de Steven Spielberg, le président au chapeau haut de forme n’est pas le héros. Le chef de la nation, interprété par un Daniel Day Lewis qui redonne tout son sens à l’expression force tranquille, cède sa place à une héroïne incontestable : l’histoire.

Dès la scène d’introduction, Spielberg nous entraîne au cœur de la Guerre de sécession. Une de ses batailles les plus meurtrières. Toutefois la comparaison avec l’ouverture emblématique d’Il faut sauver le soldat Ryan s’arrête là. Spielberg n’est pas dans le sensationnalisme brut. Il travaille juste sur une certaine forme de vérité. Des soldats noirs ont participé à cette bataille. Et les survivants auront droit à un aparté significatif avec le président. Le tout baigne dans une lumière légèrement surréaliste.

La lumière, pure, spectrale sera une constante durant tout le long métrage qui se passe en grande partie en intérieur. De l’intimité d’une chambre aux coulisses du Congrès, du calme du bureau présidentiel à l’agitation d’une soirée de gala… Et c’est dans ce décor quasi théâtral que va se jouer l’un des moments majeurs de l’histoire américaine : le vote de l’abolition de l’esclavage.

Ou pour être exact, l’ensemble des actions qui va mener à cette issue finale. Discussions, manipulations, compromissions, sacrifices… c’est tout le jeu politique qui nous est offert en spectacle pendant deux heures et demie. Et c’est là que les qualités de storytelling de Spielberg font alors toute la différence. Des dialogues fuselés, un montage précis, un casting impeccable (même pour des tout petits rôles) empêchent le film d’être abscons ou trop bavard. Il est au contraire fascinant et passionnant comme une partie d’échecs.

On aurait pût craindre, avec un tel sujet, de tomber dans une certaine forme d’angélisme. Ce n’est pas le cas. Même si l’ensemble des enjeux économiques qui ont conduit à l’abolition de l’esclavage ne sont pas tous détaillé, Spielberg ne fait pas non plus l’apologie de ces hommes. Il expose également leurs contradictions, les rendant d’autant plus humains.

Le réalisateur réussit donc à éviter le piège d’un sentimentalisme appuyé qui aurait altéré son propos. Il offre au contraire un huis clos palpitant dans les coulisses du pouvoir.

Marianne

2 Responses to Critique : Lincoln, de Steven Spielberg

  1. MysterY dit :

    Merci « Marianne » pour cette critique et merci pour ce blog original qui, dans la masse de ce qui existe déjà, sort son épingle du jeu de par son style, ses différents « univers », son design, sans oublier son « dessin de la semaine » (souvent bien vu et drôle !).

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