Livre : Papillon de nuit de Roger Jon Ellory

1982 : Daniel Ford se trouve dans le couloir de la mort, accusé d’avoir tué son meilleur ami, Nathan Vernet. Après avoir passé 12 années en prison, et à quelques heures de son exécution, il se souvient des événements qui l’ont menés jusque-là.Papillon de nuit a été publié pour la première fois en 2003 outre-Manche. C’est le premier roman d’Ellory. Il aura fallu attendre juin 2015 pour qu’il soit traduit en France grâce aux éditions Sonatine et à leur nouvelle collection Sonatine +.  Lancée en juin, celle-ci a pour vocation d’éditer des semi-poches de livres « cultes », datant de quelques années déjà mais inédits en France.

Dans Papillon de nuit, on retrouve ainsi la patte d’Ellory (Seul le silence,Les Anges de New York, Les Assassins…) : les thèmes qui lui sont chers (l’amour, l’amitié, la mort , l’Histoire), la double narration avec de nombreux et longs retours en arrière, un scénario à rebondissements et l’importance du contexte historique et socio-économique sur ses héros.

Dans ce premier roman, Ellory revisite l’Histoire des Etats-Unis des années 60, de la mort de JFK qui modifia profondément le visage de l’Amérique au Watergate en passant par la montée de Ku Klux Klan et la guerre du Vietnam. Avec un fil conducteur : la ségrégation qui traverse les années et colle à l’Histoire du pays.

Daniel est blanc. Nathan est noir. Une différence de couleur de peau qui va sceller leur amitié mais qui les conduira également à cette issue fatale. Papillon de nuit est un réquisitoire contre le racisme primaire et contre la peine de mort. On soulignera la force du premier chapitre qui s’ouvre sur le couloir de la mort et que l’on reçoit tel un coup de poing. Les mots sont forts. L’atmosphère pesante. C’est également un réquisitoire contre ces procès à l’américaine, bâclés, parfois même truqués qui peuvent conduire jusqu’à la peine capitale. Et l’on ne peut s’empêcher de s’interroger : combien d’innocents croupissent encore dans le couloir de la mort outre-Atlantique, victimes d’un système judiciaire qui n’hésite pas à fermer les yeux sur le manque, voire l’absence de preuves ?

Mais Papillon de nuit n’est pas qu’un réquisitoire. C’est également un hymne magnifique à l’amitié et à l’amour. Un premier roman émouvant et d’une maîtrise remarquable.

Papillon de nuit, de Roger Jon Ellory, éditions Sonatine +, 512 pages, 14 €.

Anne-Valérie

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