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Critique : Birdman, de Alejandro González Iñárritu

Avec Birdman, Iñárritu s’amuse enfin.  Pas de panique. Il explore toujours les thématiques si chères à son cinéma : tout ce qui touche à la psyché humaine, à la rédemption et à la frontière un peu floue entre la réalité et le fantastique. Mais il a compris qu’on pouvait être sérieux tout en desserrant légèrement la bride. Du coup, Birdman est un petit bijoux de cinéma. Aussi bien pour les cinéphiles que pour le grand public.

Critique : Oblivion, de Joseph Kosinski

Oubliez toutes vos certitudes. A l’image de ses personnages, Oblivion n’est pas, tout à fait, ce qu’il semble être en apparence :  un film de science-fiction comme les autres.  Certes son point de départ, une planète dévastée par une guerre nucléaire contre des aliens invisibles, nous conduit sur la piste archi-connue de l’univers post-apocalyptique. Bienvenue dans le quotidien banal d’un certain Jack Harper (Tom Cruise, inspiré) et de son équipière Vika (Andrea Risborough, aussi fragile qu’inquiétante). Tous les deux ont été laissés sur Terre pour récupérer les dernières ressources avant de rejoindre Titan, nouvel eldorado des humains survivants.

Entre deux réparations de drones, Jack rêve d’une belle inconnue…

Qu’est- ce qui fait de nous des êtres humains ? Sans trop en dévoiler c’est certainement une des questions essentielles de ce long métrage élégant et racé.

Aride. Froid. Clinique. Epuré. Technologique. Le monde futuriste imaginé par Joseph Kosinski est volontairement sobre et anti-spectaculaire. Bien loin des excès chromatiques et tape-à-l’œil des derniers blockbusters hollywoodiens, l’ancien clippeur lorgne sur les ambiances désincarnées des années 70. Andreï Tarkovski et Stanley Kubrick  en tête. Il y a du 2001, l’Odysée de l’espace dans cet Oblivion. Mais pas que. Matrix des Wachowski ou encore Moon de Duncan Jones ne sont jamais loin non plus.

Si ce patchwork référentiel semble pleinement intégré (certains clins d’œil sont clairement volontaires), le réalisateur, lui-même auteur du scénario, peine à dépasser ces modèles. Une fois de plus, l’univers tient la route mais la narration se fait plus hasardeuse. L’effet de surprise est relatif. Les personnages secondaires manquent de profondeur. Excellente dans A La Merveille ou dans la série Magic City, Olga Kurylenko semble ici  quasi absente. Elle incarne pourtant un élément clef de l’histoire…

Et au final, les questions soulevées par le film restent au stade du prosaïsme. Dommage car il se dégage d’Oblivion une vraie étrangeté qui vaut le coup d’œil.

Marianne

Critique : Shadow Dancer, de James Marsh

Bienvenue dans l’Irlande du début des années 90. Ciel gris, immeubles tristes et attentats terroristes rythment le quotidien des habitants de Belfast. Alors que le conflit anglo-irlandais est sur le point de trouver son aboutissement, une activiste de l’IRA se voit contrainte d’espionner sa propre famille pour le compte du MI5.

Avec une telle trame, difficile d’imaginer autre chose qu’un savant mélange de faux-semblants et de suspense. Et de ce côté-là, le cocktail est parfaitement réussi.  James Marsh a une technique bien à lui pour faire monter la pression. Ce n’est pas l’action qui l’intéresse, mais au contraire ce qui se passe juste avant ou juste après. La scène d’introduction mutique dans le métro londonien, la mère qui attend devant sa fenêtre, le film plastique que l’on déroule pour accueillir un éventuel cadavre constituent à ce titre de grands moments de cinéma.

L’esthétique clinique est par contre à double tranchant. Si dans la Taupe de Tomas Alfredson, elle attirait notre attention sur des détails précieux, ici elle se révèle uniquement élégiaque.  Les tenues de l’héroïne, tour à tour « bleu passe partout » ou « rouge vif » reflètent sans aucun doute les états d’âme de notre agent double  mais elles donnent surtout à l’image une dimension quasi impressionniste.

Cette précision plastique présente un inconvénient de taille, elle laisse la plupart des personnages sur le carreau. Essentiellement taciturnes et en retrait, ces derniers ne prennent jamais totalement corps.  Des figures fantomatiques qui  laissent la part belle à une Andrea Riseborough en état de grâce. Déjà repérée dans Brighton Rock  et E.W., la jeune actrice illumine de sa présence ce long métrage réussi mais pas tout à fait à la hauteur de ses ambitions.

Marianne