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Critique : Gemma Bovery, d’Anne Fontaine

Imaginez le décor : la campagne normande, une anglaise trop belle pour être réelle, un boulanger amoureux des métaphores littéraires, une liaison adultère… vous mélanger le tout et vous obtenez ce Gemma Bovery signé par Anne Fontaine (Perfect Mothers).

Les meilleurs films de 2013

2014 est là. Mystérieuse, pleine de promesses. Mais avant de se tourner vers demain, comme au début de l’année dernière, un petit bilan annuel s’impose. Sur le papier 2013 était scintillante, remplie de films que Lost in Universes attendait avec impatience. On ne va pas vous mentir, beaucoup n’ont pas été à la hauteur de nos espérances. Tout simplement car si les univers graphiques sont le plus souvent splendides, les scénarios suivent rarement. Trop classique, trop caricatural, avec des personnages qui ont du mal à exister…

Point de vue : Perfect Mothers selon par Marcela Iacub

Il semblerait que chaque spectateur qui ait visionné Perfect Mothers d’Anne Fontaine y ait vu des enjeux différents : de ceux qui trouvent l’aventure invraisemblable à ceux qui la condamnent comme trop malsaine en passant par ceux qui y lisent entre les lignes une histoire sur l’homosexualité, chacun a sa version. La chroniqueuse du supplément week-end de Libération, Marcella Iacub, ne fait pas exception avec l’article A l’amie, à la mort qu’elle a publié récemment dans le quotidien .

Pour qui l’ignorerait, la juriste, chercheuse et essayiste franco-argentine est connue pour ses prises de position très peu conventionnelles sur la sexualité. Elle a notamment défrayé récemment la chronique en publiant Belle et Bête (Stock, 2013) qui relate ses relations avec Domique Strauss-Kahn. On peut être choqué ou pas par ses analyses, mais elles donnent le plus souvent à réfléchir sur notre société et nous incitent à revenir sur nos préjugés. N’est-ce pas au final ce qui importe ?

Dans Perfect Mothers, Marcela Iacub voit d’abord et avant tout une apologie de l’amitié dont « nous aurions peut-être intérêt à ce qu’(elle), par la liberté qui lui est propre, devienne le lien social le plus important, le plus précieux. Qu’elle soit hissée au rang de lien primaire ». Car elle juge que cette vertu est bien trop sous-estimée dans nos sociétés « en ces tristes temps du mariage pour tous ». Elle considère par conséquent que nous devrions placer ces affinités électives au-dessus de toutes les autres si bien que « ce jour-là, ni les lois, ni les juges, ni les experts ne gouverneront plus nos cœurs et nos mœurs ».

Pour aussi intéressant que ce soit ce point de vue, est-ce bien le sujet du film ? Car il faut bien le dire, essentiellement, le spectateurs bataille ferme avec ses préjugés sur l’inceste pendant toute la projection et l’on ne peut certainement pas qualifier ces amours d’heureuses, naturelles et douces comme le fait Marcela Iacub. Certes l’amitié est essentielle dans la narration, qu’elle soit entre les deux mères ou entre les deux fils. Et sans que personne, et surtout pas elles ou eux, ne sache si elle déborde ou pas vers l’homosexualité.

Mais le deuxième thème du film est bien l’amour, charnel comme psychique, entre des jeunes gens avec des femmes plus âgées qu’ils connaissent depuis toujours, qui sont comme leurs mères. Mais ne sont pas leurs mères. Des amours que légalement rien n’interdit, des amours qui pourtant semblent totalement immorales. Et qui interrogent. Etonnament, c’est cet aspect le plus troublant et le plus scandaleux que Marcela Iacub choisit de ne pas analyser. Perfect Mothers irait-il trop loin, même pour la sulfureuse chroniqueuse ?

Pour lire la chronique rendez-vous sur le site de Libération.

Laurence

Critique : Perfect Mothers, d’Anne Fontaine

Il y aurait une façon extrêmement simple de faire la critique de ce Perfect Mothers (Two Mothers) d’Anne Fontaine : accumuler les superlatifs. Admirable, sublime, parfait, exceptionnel…

Mais aucun de ces mots ne rendrait véritablement justice à ce film. Bien sûr, la photographie est admirable. La lumière, la mer, les visages, les corps sont sublimés et comme sculpturaux. Le scénario est impeccable, et le spectateur tremble sans cesse car comment cette parfaite histoire de transgression pourrait-elle finir heureusement ? Ces amours exceptionnelles que rien n’interdit véritablement sont si pleines de stupeur et de risque que seuls la mort et la médiocrité pourraient les anéantir. Pourtant,  le talent d’Anne Fontaine fait qu’elles ne risquent à aucun moment de sombrer dans la vulgarité, la perversité ou même la banalité de la vie ordinaire.

Aucune convention sociale ne convient à ces demi-dieux, égarés sur terre comme par erreur, et celle qui tente de les ramener aux clichés trop ordinaires pour eux est la seule pécheresse. Car ces quatre-là sont tombés de l’Olympe, égoïstes, cruels, innocents, incandescents, so terribly beautiful… L’histoire se déroule en Australie mais il y a quelque chose d’incroyablement grec dans ce quatuor. L’amour vrai autant que l’amitié sans concession les plongent dans un pur océan de désir sensuel et de tentation violente. Robin Wright (les Vies privées de Pipa Lee, Millenium) forme un couple incroyable avec Xavier Samuel (Twilight 3 : Hesitation ; Anonymous), affolant de vérité et de pureté tandis que Naomie Watts (Fair Games, Dream House) joue les innocentes en compagnie de James Frechville (Animal Kingdom).

Lorsque l’on sort de la séance, on tente désespérément de garder en soi les images de cet incroyable univers, de peur que cette indicible beauté ne se dissipe. On cherche en vain les qualificatifs qui conviendraient à ce film hors normes. Jusqu’à ce que l’on se souvienne de ce mot qui résume la beauté, l’étonnement et presque l’effroi. Sublime.

Laurence