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Cannes 2013 : Ce que l’on sait déjà

Le 18 avril, toute la planète cinéma aura les yeux rivés sur l’incontournable conférence de presse donnée par Thierry Frémaux. Il y révélera la liste tant attendue des films retenus pour la grande messe annuelle. Avant de découvrir le nom des heureux élus, Lost in Universes vous propose un dossier complet sur toutes les informations que l’on a déjà sur cette édition 2013.

A tout seigneur, tout honneur

On commence par le président du jury qui s’appelle cette année Steven Spielberg. Convoité depuis des années par Gilles Jacob, le réalisateur de Lincoln a enfin réussi cette année à se dégager de ses obligations. Ironiquement, c’est la crise financière qui permet à Steven Spielberg de remplir ses fonctions présidentielles en 2013. Le projet d’adaptation du bouquin de  science-fiction Robocalypse  sur lequel il travaillait a été retardé pour cause de budget trop élevé…Voir le maître de la Pop Culture qui passe depuis les années 70 du Pop-corn Movie au film à thème à la tête du plus grand festival du monde ne peut que nous réjouir.

Et les apôtres ?

Concernant les autres membres du jury, on a peu d’indices pour l’instant, même s’il y a quelques jours une rumeur circulait sur l’éventuelle venue de Nicole Kidman. Aucune certitude sur la présence de l’actrice australienne dans le jury, mais elle devrait être sur la croisette pour la présentation des premières images du nouveau film d’Olivier Dahan (La Môme), Grace of Monaco, dans lequel elle joue le rôle titre. Du côté des autres sélections, on sait déjà que la talentueuse Jane Campion (seule femme à avoir remporté la Palme pour La Leçon de piano) présidera le jury des courts-métrages et de la Cinéfondation. Une autre réalisatrice, française cette fois, fera partie du jury de la semaine de la Critique : Mia Hansen-Løve (Tout est pardonné). Cette sélection parallèle sera présidée par le cinéaste portugais Miguel Gomes.

Une belle vitrine

Pour cette édition 2013, la réalisation de l’affiche officielle a été confiée à l’Agence Bronx. Elle a retravaillé une photo de Paul Newman et Johanne Woodward (son épouse) prise sur le tournage de A New Kind of Love de Melville Shavelson. Le résultat, magnifique, présente le couple échangeant un baiser dans une position sphérique. Il se dégage de cette image une certaine nostalgie mais aussi de l’espoir. Elle exprime le mouvement, l’éternel retour et la fidélité.

Une ouverture baroque

Si l’on ignore encore la liste des films concourant pour la fameuse Palme d’or, le film qui aura la lourde tâche d’ouvrir la compétition est connu depuis plusieurs semaines. Il s’agit de Gasby le Magnifique de Baz Luhrmann. Le réalisateur australien s’était déjà prêté à l’exercice puisque son opéra baroque Moulin rouge avait ouvert le Festival en 2001. Leonardo Dicaprio, Tobey Maguire et Carrey Muligan devraient être présents pour monter les marches assurant au festival son quota de glamour hollywoodien. Au vu de la bande-annonce, il semble évident que le cinéaste a conservé son faible pour les ambiances extravagantes. Même si le roman de Fidgerald a déjà été adapté plusieurs fois, je pense que ça sera la première fois que les fêtes somptueuses organisées par Gasby prendront une tournure aussi opératique. Avant de découvrir ce film, les festivaliers assisteront à la traditionnelle cérémonie d’ouverture qui sera présentée par Audrey Tautou. La jeune femme, dont la carrière s’était faite plus discrète ces dernières années, s’apprête à faire son grand retour sur le devant de la scène avec L’Ecume des jours  de Michel Gondry. Cette adaptation de l’œuvre surréaliste de Boris Vian sortira sur les écrans français le 24 avril.

Une conclusion épique

Et pour finir la manifestation en beauté, le comité de sélection a choisi Zulu de Jérôme Salles (Largo Winch). Un polar intense se déroulant dans une Afrique du Sud encore hantée par les traumatismes de l’Apartheid. Orlando Bloom et Forrest Whitaker y incarnent deux flics à la recherche du meurtrier d’une jeune adolescente. La sortie en salles est programmée pour le 6 novembre prochain.

Un petit pronostic ?

Pour terminer, laissons-nous tenter nous aussi par le jeu des pronostics. De l’avis de tous  Only God Forgive de Nicolas Winding Refn, qui avait enchanté la Croisette il y a deux ans avec Drive, semble bien placé pour figurer sur la prestigieuse liste. L’adaptation de la BD de science-fiction, le Transperceneige de Bong Joon-Ho (The Host), ferait aussi parti des favoris. Il se murmure que la surdouée Sofia Coppola pourrait avoir ses chances avec The Bling Ring. On lui souhaite un meilleur accueil que celui reçu en 2005 par son Marie-Antoinette. Du côté français, Le Bleu est une couleur chaude d’Abdellatif Kechiche apparaît comme un sérieux candidat. Cette adaptation de la BD du même nom suit une jeune-fille (Léa Seydoux) qui découvre son homosexualité. Il pourrait affronter Jimmy Picard d’Arnaud Desplechin ou encore Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf. Dans le premier, Mathieu Amalric et Benicio Del Toro se donnent la réplique dans un drame autour de la psychanalyse d’un indien au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le second nous transportera dans un monde parallèle dans lequel les femmes sont le sexe fort. A titre personnel, on aimerai bien que Guillaume Canet y présente son Blood Ties, un polar co-signé avec James Gray.

Rendez-vous demain pour le verdict final.

Marianne

 

Critique : L’Ecume des jours, de Michel Gondry

Quand on y pense, cela sonne comme une évidence. L’univers de Michel Gondry et celui de Boris Vian étaient faits pour se rencontrer. Plus solaire et optimiste que l’écrivain chanteur, Michel Gondry partage avec lui une vision unique du monde qui nous entoure. Et il était le seul réalisateur français (à part peut-être Jean-Pierre Jeunet ? ) à pouvoir donner vie aux inventions surréalistes de l’Ecume des Jours.

Du Piano’cktail au nuage suspendu en passant par la limousine transparente, l’arrache-cœur ou la fameuse danse du Biglemoi, tous les fantasmes de l’écrivain virtuose sont reconstitués à l’écran. Magie de l’animation ou talent d’accessoiristes imaginatifs, tout sonne juste. Décalé et charmant, Michel Gondry parvient à ne jamais  tomber dans un mauvais kitch ou un futurisme de pacotille qui aurait dénaturé l’œuvre de Vian. Il réussit la parfaite synthèse entre la vision d’après-guerre de l’auteur et notre monde contemporain.

Au-delà de cette création artistique fabuleuse (il y a quasiment une idée dans chaque plan),  Gondry nous emporte dans un tourbillon onirique. Reprenant certaines citations et jeux de mots du texte original, le cinéaste en restitue la poésie. Par contre, en choisissant de donner plus de consistance à Colin (Romain Duris) et un peu moins à Chick (Gad Elmaleh), la dimension politique du roman se perd un peu. Toute la critique du pouvoir de l’agent, de l’aliénation du travail ou même des terribles conséquences de l’addiction ne sont que survolés.

L’émotion est palpable mais elle s’égare dans l’euphorie visuelle du cinéaste. Inventeur de génie, Gondry est clairement moins à l’aise dans la dernière partie sombre et cruelle que dans le feu d’artifice du début. Il n’est reste pas moins que l’Ecume des jours est l’OFNI (Objet filmique non identifié) de l’année et qu’il faut courir en salles pour faire partie du voyage.

Marianne

Dès que Michel Gondry a lu l’Ecume des jours dans son adolescence, il a eu l’idée du passage progressif des couleurs éclatantes du début, lorsque tous les espoirs sont en germination, jusqu’au noir et blanc de la fin amère qui se noie dans le désespoir. Subtilement, le ton de l’univers poétique du film est donné.

Pour l’adaptation strictement parlant, Michel Gondry a choisi de se recentrer sur le couple de Colin et Chloé, en mettant plus de côté Chick, même si ce dernier reste très présent, colonisé un peu plus chaque jour par son délire « Jean-Sol Partrien ». Du coup, Michel Gondry a donné à Colin plus de personnalité qu’il n’en avait dans le roman. Certains éléments comme les fusils que Boris Vian avait créés sans les exploiter véritablement apparaissent à plusieurs reprises dans d’autres scènes.

Devant les membres du Club 300 d’Allô Ciné, après la projection du film, Michel Gondry a affirmé qu’il voulait rendre hommage aux travailleurs, et le travail est parfaitement rendu dans toute son aliénation, son absurdité et parfois sa dangerosité. Par exemple avec la cruelle culture des fusils dans les serres. Cette critique culmine lorsque Colin est obligé de travailler sur la chaîne des machines à écrire sa propre histoire, mis ainsi dans l’impossibilité d’échapper à sa destinée. Le réalisateur tenait à ce que Colin soit soutenu par ses collègues lorsqu’il échoue à suivre un rythme délirant et est licencié. A apprécier également une critique acerbe de l’Eglise qui ne vendra qu’un enterrement sordide à Chloé et n’offrira aucun réconfort à Colin.

Une fin magnifique, plus sobre, digne de la tradition gothique anglaise, achève cette belle adaptation, Ovni d’inventivité dans l’ennuyeuse production française (hormis, effectivement, l’univers de Jean-Pierre Jeunet).

Seules légères critiques : d’une part, on ne comprend pas toujours les mots. Il faut avoir le livre en tête pour les savourer. Une astuce visuelle pour les néophytes aurait été bienvenue.

D’autre part, les moindres détails sont extrêmement travaillés. Presque trop. Les amateurs fous du monde de Vian ne partageront sans doute pas cet avis mais Michel  Gondry est un peu dans la surenchère de créativité. L’univers est saturé. Même s’il est toutefois souvent drôle comme tout ce qui concerne les repas : les plats vivants, le cuisinier délirant (Alain Chabat), la capture de l’anguille, les « petits fours ». Ils serviront de contraste à la fin de l’histoire avec les affreuses sardines passées à l’acide en guise de dernier triste repas. Quant à l’intérieur du torse de Chloé, réalisé en tissu animé, il a toute la beauté des oeuvres de la plasticienne Annette Messager. La sonnette, elle, est agaçante juste ce qu’il faut.

Et la fameuse souris ? On veut juste l’adopter illico presto…

Laurence